fredag 23 oktober 2026

CHRONO BILBALISTIQUE - HUMEUR ET HUMOUR : DES COMPTES EN CONTES?

Limogé à la suite du rapport de la fumeuse commission dirigée par K.O , chargée d’examiner les comptes et les mécomptes de la SOMELEC, voilà que l’ancien PDG est désormais plébiscité sur une autre station nationale !

Comme si l’on voulait nous faire croire que nous vivons au pays des merveilles, dans l’univers des contes de Sylli l’Hyène, où l’absurde se mêle au merveilleux et où l’on nous plonge dans les profondeurs de rêves d’hiver, loin des réalités et des vérités qui dérangent.
À croire que, chez nous, les scandales n’empêchent pas les consécrations et que les comptes et les mécomptes finissent toujours par se transformer en contes !
Diwaa ɗo ɗakkaa ɗo !
Thièye ndi leydi

torsdag 22 oktober 2026

OBJECTION, MON CHER AMI IMAM CHEIKH !

Cher ami Icheikh Ely,

Je viens de lire avec intérêt votre publication consacrée au débat suscité par la fameuse — et fumeuse — circulaire du tout nouveau inculte ministre de la Culture, dont l’indigence intellectuelle du propos semble malheureusement se disputer la vedette avec l’incongruité de la démarche.
Soutenez-vous sérieusement que les Négro-Mauritaniens ne maîtriseraient pas encore « pleinement » la langue d’Abû Jahl et d’Abû Lahab ?
À vous lire, j’en viens à me demander si j’ai mal compris votre pensée ou si c’est votre propos qui manque de clarté !
Pour ma part, je l’affirme sans détours ni fioritures : je n’ai jamais rencontré, en Mauritanie, d’Arabes mauritaniens dont la maîtrise de la langue arabe surpasserait celle de mes parents, de mes oncles et de mes frères, formés dans les écoles d’Al-Falah, héritières de l’œuvre de notre grand-père, El Hadj Mahmoud Ba, ou dans les grands foyers du savoir islamique du Fouta.
Et pourtant, cette maîtrise remarquable de la langue arabe ne leur a épargné ni l’exclusion ni la marginalisation dans la gestion des affaires de leur propre pays. Voilà qui devrait suffire à dissiper toute confusion et à réduire à néant cet argument aussi fragile que fallacieux.
Le problème n’est donc pas linguistique ; il est politique. Il ne se situe pas dans une prétendue insuffisance de maîtrise de la langue arabe, mais dans les mécanismes d’exclusion, les discriminations raciales et les politiques d’oppression culturelle qui entravent l’égalité des citoyens et compromettent leur juste participation à la gestion de la chose publique.
Cher ami, il serait donc temps de chercher un argument plus solide, plus sérieux et surtout plus conforme à la réalité. Car faire de la maîtrise de la langue arabe le critère implicite de la légitimité ou de l’intégration des Négro-Mauritaniens revient à esquiver le véritable débat : celui de l’égalité des droits, de la justice, de la représentativité et du respect des identités culturelles.
La langue arabe est une langue de savoir, de civilisation et de spiritualité. Elle n’est la propriété exclusive d’aucune communauté, pas plus que sa maîtrise ne saurait conférer à certains un droit de domination sur les autres. On peut parler l’arabe avec une éloquence irréprochable et demeurer injuste envers ses concitoyens ; tout comme on peut en maîtriser les subtilités sans pour autant être reconnu à la hauteur de ses compétences et de ses mérites.
Ne confondons donc pas la langue avec le pouvoir, ni la culture avec la domination, ni la compétence avec le droit d’exclure. Le véritable enjeu n’est pas de savoir qui parle le mieux l’arabe, mais pourquoi, dans un pays commun, des citoyens instruits, compétents et profondément enracinés dans son histoire continuent de dénoncer leur marginalisation.
C’est là que se trouve le fond du problème. Et c’est à cette question, autrement plus fondamentale, qu’il faudrait avoir le courage de répondre.
Avec tout mon respect et estime.
Salutations fraternelles et militantes.
Demain il fera jour et la lutte continue!

DEVOIR DE MÉMOIRE: Hommage à la mémoire de Farba Birane Hamet Ndiengoudi Diack, gardien de la dignité et de l’honneur du Fuuta.


Le 23 octobre 2023, à l’âge de 91 ans, s’éteignait Farba Jowol, une personnalité dont la vie se confond avec l’histoire, la mémoire et les valeurs de son Fouta natal.

Farba Jowol n’était pas un simple titre. Il portait en lui une longue histoire, celle du chef de village, mais aussi celle du chef de guerre et du commandant des armées du Fuuta, depuis l’époque de Koli Tenguella jusqu’à la fin du règne du grand résistant foutanké Abdoul Bocar Kane, figure de la résistance à la pénétration coloniale.
Farba Birane Hamet Ndiengoudi Diack, ancien combattant de l’armée française, incarnait à lui seul une certaine idée de Jowol, de ses traditions et de ses valeurs. Il était de ces hommes dont la seule présence impose le respect, non par la force de la contrainte, mais par la noblesse du caractère. Il était un symbole, un véritable Ceddo au sens noble du terme : courageux, charismatique, véridique, humble, ouvert aux autres et toujours élégant dans son attitude comme dans ses rapports humains.
Sa vie fut celle d’un homme debout, fidèle à ses convictions, attaché à sa communauté et profondément conscient de la responsabilité que lui conférait sa fonction.
Durant les années de braise, lorsque de jeunes habitants de Jowol furent arrêtés en octobre 1986 pour avoir organisé la première manifestation contre le régime du despote et sanguinaire président le colonel Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya à l’intérieur du pays, Farba Birane ne se déroba pas. Il fut à nos côtés, présent à chaque étape de cette épreuve : à la brigade de gendarmerie, à la compagnie de gendarmerie, au gouvernorat régional, à la prison et au palais de justice.
Sa présence n’était pas un geste de circonstance. Elle traduisait une fidélité profonde à sa communauté et une conception exigeante de la solidarité. Il savait que les responsabilités ne se mesurent pas seulement aux honneurs que l’on reçoit, mais surtout au courage dont on fait preuve lorsque les siens traversent l’adversité.
Il était de ceux qui ne détournent pas le regard lorsque l’injustice frappe. De ceux qui demeurent aux côtés des leurs, même lorsque la peur et les menaces invitent au silence.
1989 : le courage de dire non
L’année 1989 demeure l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire contemporaine des relations entre la Mauritanie et le Sénégal. Dans ce contexte de violences, de peur, de déplacements forcés et de déchirements humains, Farba Birane Hamet Ndiengoudi Diack fit preuve d’un courage remarquable.
Alors que les tensions sénégalo-mauritaniennes bouleversaient la vallée du fleuve Sénégal, il s’opposa fermement aux injonctions des autorités militaires qui voulaient obtenir de lui les noms des personnes considérées comme sénégalaises, notamment celles qui vivaient à Jowol ou qui y avaient fondé une famille en épousant des femmes du village, afin de les expulser vers le Sénégal.
Farba Birane opposa à ces exigences un refus catégorique.
Sa réponse, restée gravée dans la mémoire de ceux qui la rapportent, résume toute la noblesse de son engagement :
« Il n’y a aucun étranger ici à Jowol. Nous sommes tous des Fuutankooɓe. Déportez-moi avant de déporter un seul habitant du village. »
Il fallait du courage pour tenir une telle position dans un climat de peur et de répression. Il fallait une grande force morale pour opposer sa conscience aux injonctions de la force armée.
Ce jour-là, Farba Birane ne défendait pas seulement les habitants de Jowol. Il défendait une certaine idée de l’humanité : celle qui refuse que les appartenances deviennent des frontières entre les hommes, celle qui rappelle que les liens familiaux, l'histoire partagée et la fraternité ne peuvent être effacés par un ordre administratif ou une décision politique.
Déchu par décret, réhabilité par son peuple
Pour son opposition au régime de Maaouya Ould Taya, Farba Birane fut destitué de ses fonctions de chef de village par un décret ministériel, à travers le ministère de l’Intérieur alors dirigé par Djibril Ould Abdallah, connu sous le nom de Gabriel Cimper.
Mais si un pouvoir peut retirer un titre par décret, il ne peut, à lui seul, effacer la légitimité qu’un homme a acquise dans le cœur de son peuple. Farba Birane fut plus tard réhabilité par les habitants de Jowol, qui renouvelèrent leur confiance en lui et le reconnurent comme leur choix légitime. Il demeura ainsi leur voix autorisée, leur référence et le seul Farba reconnu par l’ensemble du village. Cette réhabilitation populaire fut, à sa manière, une victoire morale. Elle témoignait de la fidélité d’une communauté à un homme qui n’avait pas sacrifié ses principes pour préserver sa fonction.
Pour comprendre la place de Farba Birane dans la mémoire de son peuple, il faut également se souvenir de Jowol, ce village ancien du Fuuta et de la Mauritanie, dont les origines remontent, selon la tradition historique, à une époque bien antérieure à l’islamisation et à la colonisation.
Jowol s’inscrit dans la longue histoire des empires et des royaumes de la région, notamment ceux du Ghana, du Tekrour et du Mali, ainsi que dans celle des dynasties qui ont marqué le Fuuta.
À travers les siècles, Jowol a vu se succéder les générations, les pouvoirs et les bouleversements. Mais le village a conservé quelque chose d’essentiel : la conscience de ses racines, l’attachement à ses traditions et le respect de celles et ceux qui ont su incarner ses valeurs.
Farba Birane appartenait à cette lignée de gardiens de la mémoire. Il était de ces hommes qui ne portent pas seulement un nom ou une fonction, mais tout un héritage. En lui se rejoignaient l’histoire de Jowol, la mémoire du Fuuta et les exigences morales d’une tradition qui place l’honneur, le courage, la parole donnée et la solidarité au cœur de la vie collective.
Aujourd’hui, trois années se sont écoulées depuis son départ. Pourtant, le souvenir de baaba Farba Birane demeure vivant. Il demeure dans les récits que l’on transmet aux enfants, dans les souvenirs de ceux qui l’ont connu, dans la reconnaissance de ceux qu’il a soutenus et dans l’admiration de ceux qui voient en lui un modèle de courage et de droiture.
Farba Birane Hamet Ndiengoudi Diack nous laisse ainsi un héritage qui dépasse les frontières de Jowol. Que son nom continue d’être prononcé avec respect dans les concessions de Jowol, dans les villages de la commune de Jowol et partout où les valeurs de courage, d’honneur et de solidarité conservent leur sens.
Qu’Allah, le Tout-Puissant, lui ouvre les portes de Son vaste Paradis, lui accorde Son infinie miséricorde et fasse de sa dernière demeure un jardin de paix. Puisse la terre lui être légère.
Yoo Allah yurmo mo yaafoo mo. Yoo Allah haarnu mo Aljanna.
Jaak, Farba e jaati yahii!
Baaba Birane a désormais rejoint son fils, Farba Boucka Farba Birane Hamet, mon inséparable et fidèle ami, ainsi que son épouse défunte, Goggo Kooba Diack. Que leurs âmes reposent en paix et qu’Allah les réunisse dans Sa miséricorde.
Innaa lillaahi wa innaa ilayhi raajiʿuun.
Kaaw Touré dit Elimane Bilbassi

DEVOIR DE MÉMOIRE: SANKARA ET NOTRE LUTTE EN MAURITANIE


Sankara et le Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé.

Il est des hommes dont le passage sur cette terre laisse une empreinte indélébile dans la mémoire des peuples. Des hommes dont le courage transcende les frontières, dont la parole résonne bien au-delà de leur pays et dont les combats, même après leur disparition, continuent d’éclairer le chemin des opprimés. Thomas Sankara était de ceux-là.
En 1986, lors du sommet du Mouvement des non-alignés à Harare, au Zimbabwe, il eut le courage d’interpeller le colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya sur le régime de discrimination raciale et les persécutions dont étaient victimes les Négro-Mauritaniens. Sankara avait reçu une copie du *Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé*, que notre mouvement lui avait remise. Ce document portait la voix d’un peuple meurtri, trop souvent condamné au silence, mais résolu à ne jamais renoncer à sa dignité.

À une époque où tant de dirigeants africains détournaient le regard devant les injustices qui défiguraient notre continent, Sankara eut le mérite de ne pas se taire. Il fut l’un des rares chefs d’État africains à manifester ouvertement sa préoccupation pour le sort des Négro-Mauritaniens. Avec d’autres dirigeants, notamment Omar Bongo et Robert Mugabe, il compta parmi ceux dont nous retenons qu’ils ne furent pas indifférents à notre cause.
Nous n’oublierons jamais cet homme qui avait fait de la dignité des peuples un principe de combat et de la justice une exigence politique. Pour nous, Sankara ne fut pas seulement le président révolutionnaire du Burkina Faso : il fut aussi une voix fraternelle, un compagnon de lutte par-delà les frontières, un homme qui nous rappela que la solidarité africaine ne saurait se réduire à de beaux discours, mais doit se traduire par le courage de regarder l’injustice en face et de la dénoncer.
Nous n’oublierons jamais notre héros.
La patrie ou la mort, nous vaincrons !
Mes pensées vont également à un autre homme de mémoire, un ami commun, mon grand frère — c’est ainsi que je l’appelais —, le regretté Sennen Andriamirado, le grand journaliste malgache de Jeune Afrique. C’est lui qui me fit découvrir Sankara avec la sensibilité et la profondeur de regard qui caractérisaient sa plume. Il consacra à notre héros un livre au titre sobre et puissant : *Il s’appelait Sankara*. Quelques mots seulement, mais toute une vie, toute une époque et toute une espérance qu’aucune disparition ne saurait effacer.
C’est encore ce même Sennen qui, à la suite de notre rencontre à Dakar, consacra un article retentissant au sort des réfugiés mauritaniens déportés au Sénégal après les tragiques événements d’avril 1989. Publié dans *Jeune Afrique – Économie*, numéro 219, en juin 1996, sous le titre provocateur « Les Palestiniens de l’Afrique de l’Ouest », cet article contribua à faire connaître bien au-delà de nos frontières le drame de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants arrachés à leur terre, à leurs foyers et à leurs repères.
Par cette formule saisissante, Sennen avait su mettre des mots sur une tragédie humaine que beaucoup préféraient ignorer. Il avait compris que l’exil n’est pas seulement une rupture géographique : c’est une blessure, un arrachement aux racines, une longue épreuve de l’identité et de l’appartenance. Son article fut aussi un témoignage de fraternité et un acte de mémoire envers celles et ceux dont la souffrance ne devait pas sombrer dans l’oubli.
Aujourd’hui, en évoquant Sankara et Sennen Andriamirado, je mesure combien certaines rencontres façonnent une vie et combien certaines amitiés deviennent indissociables des combats que nous menons. L’un portait l’espérance d’une Afrique affranchie de la domination et de l’injustice ; l’autre savait, par la force des mots, donner une visibilité aux drames que l’histoire officielle reléguait trop souvent dans ses marges.
Car les héros disparaissent, les témoins s’en vont, mais les causes justes survivent à ceux qui les ont portées. Tant que subsisteront l’injustice, l’exclusion et le mépris de la dignité humaine, notre combat gardera tout son sens.
Demain, il fera jour. Et la lutte continue !

CE QUE M'INSPIRE CE DÉBAT AVEC LES "ZEMMOURIENS" TROPICAUX : « MAAYO WONAA KEEROL ! » (Le fleuve n’est pas une frontière !)

Maayo wonaa keerol ! Le fleuve n’est pas une frontière !


N’en déplaise aux esprits étroits, aux petits chauvinismes et aux nationalismes qui voudraient enfermer les peuples dans les limites tracées par les cartes coloniales, je suis chez moi à Jowol Rewo(Mauritanie) comme à Jowol Worgo(Sénégal). Je suis chez moi à Guiraye Rewo ou Guiraye Worgo, à Matam Worgo ou Matam Kaggu laaɗe, à Maatamel Rewo, Mow, Gawol, Dial, Thilogne, Mbolo Biraan , Aañameeji, Gawdal, Diamel, Dondou, Keeɗeele, Aali Wuuri, Nguidjilone- Daara Koliyaaɓe, Sadel, Woudourou, Koundel, Tokomadji, Tigueré, Thiempeng , Bokki Diawe, Ndouloumadji, Doumnga, Nganno, Haayre Law, Thielaw, Doɗel, Macina Tooro, Duwoyra, Fanaye, Diagnoum, Thilé Boubacar et dans tant d’autres villages du Fouta Toro où vivent mes oncles, mes tantes, mes cousins et mes cousines.
Je suis chez moi partout au Fouta Toro.
Faudrait-il désormais un visa de séjour pour aller me recueillir sur les sables de Bilbassi ou cultiver mes champs de Helata ? Faudrait-il présenter des papiers pour rendre visite à mes parents, retrouver les lieux de mon enfance ou fouler la terre de mes ancêtres ? Quelle absurdité pour un Fuutanke ! Quelle violence faite à la mémoire, à la parenté et à l’histoire !
Peut-on, par un simple trait sur une carte coloniale, couper un peuple de lui-même, effacer une mémoire séculaire et rompre un cordon ombilical tissé au fil des générations ?
Je refuse cette amnésie imposée. Je refuse que les frontières administratives héritées du colonisateur deviennent des frontières dans les cœurs, dans les consciences et dans les liens familiaux.
Un peuple, deux rives, une même mémoire
Nous sommes le peuple des deux rives. Nous appartenons à cet espace historique et culturel du Tekrour et du Fouta Toro, inscrit dans un ensemble de relations et de circulations ouest-africaines que l’histoire a façonné au fil des siècles, et que l’on peut également replacer dans le vaste espace sénégambien.
Cet espace culturel, qui s’étend des régions de la Mauritanie centrale, autour de Moudjeria et de Tidjikja, jusqu’à la Casamance et à la Guinée-Bissau, en passant par une partie du Mali, a vu évoluer de nombreuses communautés. Leurs langues, leurs échanges, leurs alliances, leurs parentés et leurs destins se sont entremêlés au cours de longues périodes historiques.
Les frontières politiques actuelles ne sauraient, à elles seules, rendre compte de cette profondeur historique.
La colonisation française a profondément bouleversé cet espace en imposant de nouvelles divisions administratives et territoriales. Mais elle n’a pas fait disparaître toutes les solidarités, toutes les mémoires ni toutes les consciences d’appartenance qui s’étaient constituées bien avant son arrivée.
Les cartes changent. Les administrations se succèdent. Les États naissent et se transforment. Mais les peuples ne cessent pas d’avoir une histoire parce qu’une frontière leur a été imposée.
Le fleuve de mon enfance n’était pas une frontière
Je suis un fils de la vallée du fleuve Sénégal. Depuis ma tendre enfance, j’ai navigué entre ses deux rives, tantôt pour rejoindre nos champs de culture, tantôt pour assister aux séances de lutte traditionnelle, participer à des tournois de football ou prendre part aux journées culturelles qui réunissaient les villages des deux côtés du fleuve.
À cette époque, je ne vivais pas le fleuve comme une frontière séparant deux pays. Je le connaissais comme un espace de vie, de passage, de rencontre et de partage.
Adolescent, j’ai parcouru, en pirogue, à pied ou à dos d’âne, de nombreux villages de mon Fouta natal, du nord au sud du fleuve. Avec mes amis et mes camarades de classe d’âge — nos *pelle* —, je participais aux séances de lutte traditionnelle, sous la lueur du feu de bois ou au clair de lune.
Ces moments étaient bien plus que de simples divertissements. Ils étaient des écoles de fraternité, des lieux de socialisation et de transmission, où se construisaient les amitiés, les solidarités et le sentiment d’appartenir à une même communauté de destin.
C’était le bon vieux temps, avant que notre vallée ne soit transformée, pour tant de familles, en une vallée de larmes, de résignation et de désolation.
Je garde de cette époque une conviction profonde : le fleuve nous rapprochait bien davantage qu’il ne nous séparait.
Jowol Rewo et Jowol Worgo : un même village, une même histoire
Chez moi, il y a deux Jowol : Jowol Rewo, en Mauritanie, et Jowol Worgo, au Sénégal.
Deux noms, deux territoires administratifs, mais un même village dans la mémoire de ses habitants. Les mêmes familles vivent de part et d’autre. Les mêmes liens de parenté les unissent. La même langue résonne dans les concessions. La même culture rythme les existences. Et la même histoire relie les générations.
Avant les années de braise en Mauritanie, nous partagions avec Jowol Worgo les mêmes mosquées, les mêmes cimetières, les mêmes écoles et les mêmes champs de culture. Nous célébrions ensemble les baptêmes et les mariages. Nous accompagnions ensemble nos morts dans leur dernier voyage. Nos joies étaient communes, nos deuils partagés et nos liens familiaux plus forts que les décisions prises loin de nos villages.
Voilà ce qu’était notre réalité vécue.
Voilà ce qu’aucun décret ne peut entièrement effacer.
Car une frontière peut séparer des territoires sans parvenir à séparer les souvenirs, les affections et les liens du sang.
Jaalowaali : la fraternité organisée des deux rives
Je me souviens également de notre fédération d’associations culturelles dans le Ngenaar, au Fouta : **Jaalowaali**.
Avant les années de braise en Mauritanie, cette fédération réunissait plus d’une dizaine de villages, de Jowol, côté mauritanien, jusqu’à Koundel, côté sénégalais.
Chaque année, pendant les vacances d’été, un village accueillait à tour de rôle une grande semaine culturelle et sportive à laquelle participaient les associations membres de Jaalowaali.
Ces rencontres donnaient lieu à une multitude d’activités : représentations théâtrales, chorales, ballets, poésie, conférences publiques, opérations d’assainissement des villages, plantations d’arbres, compétitions de football et épreuves d’athlétisme.
Mais l’essentiel était ailleurs, au-delà des spectacles, des compétitions et des festivités.
L’essentiel résidait dans ces retrouvailles, dans les amitiés qui se nouaient, dans les parentés qui se redécouvraient et dans les solidarités qui se renforçaient. Des jeunes venus des deux rives apprenaient à se connaître, à travailler ensemble et à cultiver un idéal commun.
Jaalowaali était une manière de vivre notre appartenance. Une façon de faire de la culture un pont entre les villages. Une manière de résister, par la fraternité, à l’enfermement des identités dans des frontières administratives.
C’était aussi une expression concrète de notre idéal panafricain : celui d’une Afrique où les peuples se rencontrent, se reconnaissent et construisent leur avenir sans renier leur passé.
Jaalowaali n’était pas seulement une fédération culturelle. C’était la fraternité des deux rives mise en pratique.
Et son esprit demeure résumé dans cette formule pulaar qui traverse notre mémoire :
« Maayo wonaa keerol ! »
Le fleuve n’est pas une frontière !
Nos appartenances ne s’arrêtent pas aux frontières
Je me sens chez moi au Sénégal comme en Mauritanie, comme tout Foutanke attaché à sa terre, à sa langue et à ses ancêtres, tout Waalo-Waalo, tout Guidimakhanke qui reconnaît la profondeur de ses attaches historiques et culturelles.
L’histoire de la région ne se réduit pas à celle des États contemporains. Elle plonge ses racines dans des formations politiques anciennes, des réseaux d’échanges, des communautés linguistiques et des espaces de coexistence dont le Tekrour et le Fouta Toro constituent des références majeures.
Cette réflexion sur les appartenances dépasse d’ailleurs les seules communautés de la vallée. Les populations maures elles-mêmes entretiennent des liens historiques et culturels qui traversent les frontières contemporaines du Maghreb et du Sahara occidental. Les trajectoires des familles, des confédérations et des communautés ne se laissent pas toujours enfermer dans les cadres territoriaux modernes.
Reconnaître ces réalités ne signifie pas nier l’existence des États ni ignorer les droits et les obligations qui en découlent. Cela signifie simplement rappeler une vérité fondamentale : l’identité d’un peuple est souvent plus ancienne, plus vaste et plus complexe que les frontières de l’État auquel il appartient aujourd’hui.
Les parcours de certaines personnalités en témoignent également. Nous avons vu les deux frères Wane, comme le rappelle notre mémoire collective, occuper des fonctions ministérielles dans les deux pays. Nous avons connu notre père et oncle Mamoudou Touré, premier ambassadeur de la Mauritanie à Paris avant qu’il ne devienne ministre des Finances au Sénégal.
Ces trajectoires illustrent combien les destins individuels et familiaux peuvent relier des espaces que les administrations distinguent.
Elles nous rappellent que les histoires nationales et les histoires familiales ne suivent pas toujours des chemins séparés.
Quand les décrets ont redessiné nos territoires
Il faut aussi rappeler les faits historiques qui ont progressivement transformé les relations entre les deux rives.
Le 10 avril 1904, un arrêté colonial rattacha provisoirement à la Mauritanie occidentale des territoires situés sur la rive droite du fleuve Sénégal. Cette réorganisation s’inscrivait dans le processus de construction administrative de la Mauritanie par la puissance coloniale française, dans un contexte d'affaiblissement et de transformation des pouvoirs précoloniaux.
Le 8 décembre 1933, un décret colonial délimita la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie.
Le 3 juillet 1944, les deux Hodhs furent rattachés à la Mauritanie, dans un contexte politique et religieux marqué notamment par les événements liés au courant hamalliste. Les circonstances et la portée exacte de cette décision méritent d’être replacées dans leur contexte documentaire.
Après la conférence de Brazzaville, la Mauritanie, comme les autres territoires colonisés de l’Afrique-Occidentale française, entra progressivement dans une nouvelle phase de représentation politique.
Jusqu’au 2 juin 1946, son nom figurait aux côtés de celui du Sénégal sous l’appellation de « Circonscription Mauritanie-Sénégal ». Cette organisation témoigne de la manière dont les cadres politiques et territoriaux se sont progressivement différenciés au cours de la période coloniale.
En novembre 1946, les Mauritaniens furent appelés pour la première fois à élire leur propre député au Parlement français.
Ces dates ne sont pas de simples repères dans un manuel d’histoire. Elles nous invitent à comprendre comment se sont constitués les cadres territoriaux dans lesquels nous vivons aujourd’hui.
Elles nous obligent surtout à distinguer deux réalités : d’un côté, l’histoire administrative des territoires ; de l’autre, l’histoire longue des populations qui les habitaient, les cultivaient, les traversaient et y entretenaient leurs relations bien avant que ces délimitations ne prennent leur forme moderne.
Contre l’oubli, pour la transmission
Aujourd’hui, lorsque je repense à ces années, je ne vois pas seulement des villages séparés par un fleuve. Je revois des familles qui se retrouvaient sans formalités, des jeunes qui se mesuraient sur les terrains de football, des lutteurs qui faisaient vibrer les arènes improvisées, des associations qui organisaient des fêtes culturelles et des anciens qui transmettaient leur savoir aux générations nouvelles.
Je revois un monde où le voisin de l’autre rive n’était pas un étranger, mais un parent, un ami, un compagnon de lutte ou un frère de culture.
Se souvenir n’est pas vivre dans le passé. Se souvenir, c’est comprendre ce qui nous a construits. C’est transmettre aux jeunes générations une histoire plus vaste que les frontières qu’elles découvrent sur leurs cartes scolaires. C’est leur apprendre que l’on peut appartenir à un État sans renoncer à ses attaches familiales, linguistiques et culturelles de l’autre côté du fleuve.
Nous ne demandons pas que les frontières disparaissent par la seule force des mots. Nous demandons que les frontières ne deviennent pas des murs entre des peuples que l’histoire a profondément liés. Nous voulons que la dignité des personnes, les liens de parenté, les échanges culturels et la circulation légitime entre les communautés soient respectés.
Car un peuple qui oublie ses racines risque de perdre une part de lui-même. Et une génération qui ne reçoit pas la mémoire de ses anciens finit par croire que son histoire commence avec les frontières tracées sur une carte.
C’est pourquoi il nous appartient de raconter, de documenter et de transmettre. De recueillir les témoignages des anciens, de préserver les noms des villages, de conserver les récits de nos familles et de faire connaître l’histoire des associations culturelles qui ont uni les deux rives.
Ce que nous n’écrivons pas aujourd’hui risque de disparaître demain.
Ce que nous ne transmettons pas à nos enfants risque de leur devenir étranger.
Et ce que nous laissons tomber dans l’oubli, d’autres finiront peut-être par le raconter à notre place.
Je signe et je persiste
Je suis chez moi à Jowol Rewo comme à Jowol Worgo. Je suis chez moi partout où vivent les miens, partout où résonne notre langue, partout où se perpétuent nos traditions et partout où la mémoire du Fouta continue de battre.
Je suis le fils d’une vallée dont l’histoire ne commence pas avec la colonisation et dont la mémoire ne s’arrête pas aux limites des États contemporains.
Je suis l’héritier d’une culture qui a fait du fleuve un chemin, de la parenté un lien et de la rencontre une manière de vivre.
Maayo wonaa keerol !
Le fleuve n’est pas une frontière !
Je signe et persiste.
Demain, il fera jour. Et la lutte pour la mémoire, la dignité et la fraternité continue.
Kaaw Touré mo Jowol

Mais sur quelle planète vivent-ils ?

 Au moment même où les grands ensembles se consolident partout dans le monde, où les nations comprennent que l’union fait la force et que la puissance de demain repose sur la capacité à fédérer les énergies, certains esprits étriqués , chauvins s’emploient à théoriser la balkanisation de l’Afrique et à promouvoir le repli identitaire.

Mais sur quelle planète vivent-ils ?
Quelle aberration stratégie!

DE LA FARCE PHONIQUE À L'ARABO-FOLIE?


La candidate de la Mauritanie à la Francophonie nous chante que la langue de Molière se porte à merveille au Bilad El Chinguiti. Pourtant, le tout nouveau porte-blabla du gouverne-ment semble vouloir proscrire, dans son propre périmètre, toute langue autre que celle d’Abou Lahab !

Alors, qui faut-il croire ? La cantatrice de la Francophonie ou le censeur du multilinguisme ? L’une nous vante les délices de la langue de Molière, tandis que l’autre semble vouloir la reléguer au rang de langue d’apparat, bonne pour les discours et les candidatures, mais indésirable dans les couloirs du pouvoir.
Décidément, l’orchestre du Géné-râleur-pré-scie-dents joue ou nous ghaze une bien étrange partition : ni synchronisation, ni symphonie, mais une cacophonie digne des plus grands festivals de l’absurde !
Messieurs les virtuoses de l’improvisation gouvernementale, accordez donc vos violons au sein de

votre équipe mexicaine avant de reprendre vos vocalises en public. Car à force de jouer chacun sa propre mélodie, vous finirez par transformer la Francophonie en farce phonique, et le Bilad El Chinguiti en conservatoire de contradictions.
À moins que, dans cette nouvelle école de gouvernance, la cohérence ne soit devenue une langue morte, enseignée nulle part et parlée par personne !
Dieu sauve la Mauritanie, le pays est en danger de....maure ou de mauretanisation!!
Elimane Bilbassi

onsdag 21 oktober 2026

DÉDICACE: "Les mots façonnent le monde".

Mes sincères remerciements à notre cher oncle, le ministre Oumar Demba Ba, pour la dédicace si particulière qu’il a eu l’amabilité de m’accorder à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage, "Les mots façonnent le monde".

Recevoir un tel témoignage d’estime est pour moi un honneur insigne et une source de profonde fierté. Au-delà de la dédicace, c’est la délicate attention d’un homme dont la plume nous rappelle combien les mots ont le pouvoir d’éclairer les consciences et de façonner les destins.
Avec ma profonde gratitude et l’expression de mes salutations les plus respectueuses.
A salminaama a jaaraama a juuraama kaaw Umar.
Yoo duuso ɓooy.

måndag 12 oktober 2026

NÉCROLOGIE: TRISTE NOUVELLE, LA FAMILLE TOURÉ EN DEUIL!


À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons. Inna lillahi wa inna ileyhi raji’un.
Triste nouvelle, douloureux réveil…
C’est avec une profonde tristesse et une immense affliction que nous venons d’apprendre le rappel à Dieu de notre chère belle-sœur Kadiata Datt, épouse de mon cher petit frère et ami Abdoul Aziz Touré, affectueusement connu sous le surnom d’Abdoul Moktar. Elle nous a quittés cette nuit à Cincinnati, dans l’Ohio, aux États-Unis d'Amérique.
Kadia était une femme exceptionnelle, chaleureuse, généreuse, gentille, polie et pleine de vie. Sa douceur, son sourire et sa bonté faisaient d’elle une personne profondément attachante. Hélas, la mort vient de nous l’arracher à la fleur de l’âge, nous laissant dans la douleur et la consternation face à cette terrible épreuve.
Il est difficile de trouver les mots justes devant une telle perte. Mais ainsi va la vie, et la parole divine nous rappelle : « Toute âme goûtera à la mort. » (Coran, sourate Al-Anbiyā’, 21:35).
En ces moments particulièrement douloureux, nos pensées et nos prières vont à notre petit frère Abdoul Aziz, qui vient de perdre sa chère épouse, ainsi qu’à l’ensemble des familles Touré et Datt de Jowol et de Maghama, durement éprouvées par cette immense perte.
Qu' Allah, le Tout Puissant, le Tout-Miséricordieux, accueille notre chère Kadia dans Son vaste Paradis, pardonne-lui ses fautes, illumine sa tombe et fais-en un jardin parmi les jardins du Paradis. Que la terre lui soit légère.
Yoo Allah yurmo mo yaafo mo.
Yoo Allah haarnu mo aljanna.
Yoo en ɓooy sakkanaade mo e duwanaade mo.
Repose en paix, chère Kadia.
Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un.
Amine, ya Rabbal-‘alamin. 🤲🏽

CHRONO BILBALISTIQUE - HUMEUR ET HUMOUR : DES COMPTES EN CONTES?

Limogé à la suite du rapport de la fumeuse commission dirigée par K.O , chargée d’examiner les comptes et les mécomptes de la SOMELEC, voilà...