Aujourd'hui je veux rendre un hommage mérité à ma grande soeur chérie, Fatimata de son "nom du livre", comme on dit au Fouta natal, entendez le nom officiel, Faay Thilo Mayna Muttaar Koorka pour les intimes, une femme noble au sens noble du terme, gentille, chaleureuse, humble, digne, discrète, et généreuse. Elle m´a couvé depuis ma tendre enfance avec amour, chaleur et gentillesse.
Pour la petite histoire pendant les années de braise alors que le Fouta était sous l'état de siège permanent et les frontières étaient fermées entre le Sénégal et la Mauritanie où il était interdit même de prononcer le nom du Sénégal ou de s'aventurer sur les bords du fleuve je suis envoyé en mission secrète des Flam dans la vallée avec des tracts (destinés aux militaires qui semaient la terreur et aux Noirs qui collaboraient avec le Système) à distribuer et des réunions à tenir avec quelques camarades de l'intérieur. J'ai profité de l'occasion pour aller saluer mes parents que je n'avais pas vu depuis mon exil en décembre 1987 mais présenter aussi des condoléances suite au décès de mon grand père maternel Elhadj Samba Thierno Mamadou DIA.
C'était une visite risquée parce que ma présence pouvait entrainer des répresailles terribles contre tout le village et même l'assassinat de toute la famille mais avec la protection du Bon Dieu je suis arrivé nuitamment chez moi à Jowol et personne ne le savait sauf ma famille proche. Mes parents n'en croyaient pas et pensaient à un rêve. Ils voulaient me voir mais avaient peur pour moi et me posaient des questions : "comment as-tu fait pour traverser le fleuve, les militaires sont partout et bien armés ? ". Je leur répondais avec fatalité :" c'est grâce à Dieu et tout ce qui n'est pas Dieu ce n'est rien". Je suis resté clandestinément à la maison pendant 2 jours et ne sortait que la nuit pour prendre de l'air frais ou voir des proches parents.
Ma traversée était trop risquée si on revient au contexte de la terreur de l'époque d'autant que j' avais avec moi quelques tracts et des communiqués de presse des Flam et quelques exemplaires de notre journal "Bilal", interdit en Mauritanie, qui deviendra plus tard "Le FLAMBEAU". Je savais que mon arrestation signifiait directement mon exécution sans jugement mais nous étions déjà prêts à tous les sacrifices pour faire entendre notre cause et défendre notre peuple opprimé.
Pour retourner au Sénégal, mon pays d'exil, il fallait s'informer et surveiller les déplacements des troupes militaires qui se comportaient en territoire conquis et tiraient à bout portant sur tout ce qui bougeait. Le matin de mon départ pour le Sénégal avait l'air d'une ambiance de deuil dans la maison familiale. Notre père feu Elhadj Baba Touré, l'imam Ratib de la grande mosquée de Jowol, un grand homme de Dieu, très respecté dans toute la contrée des deux rives du fleuve , avec son frère feu Thierno Oumar Samba Touré un autre grand érudit, son Imam naîb me prennent mes mains et prient longuement pour ma protection et me disent :"On te confie à Allah le Grand Protecteur". Je fais les adieux très rassuré. Je sors mais on devait faire un détour pour aller au fleuve pour se retrouver avec le piroguier qui se trouvait dans un autre village sénégalais plus précisément à Diamel-Gawdal (région de Matam). Je me fus conduit en voiture vers la rizière du village en direction de Kaëdi par un de mes oncles maire de la ville à l'époque. Je traverse les parcelles de riz en compagnie de ma soeur Faay qui ne voulait pas me laisser partir seul avec tous les risques possibles sans aucun témoin. "ils me tueront d'abord avant de te tuer" me disait-elle avec force. Ce n'étaient pas des vains mots parce que quelques mois avant ma venue des ressortissants de mon village ont été abattus sauvagement sans autre forme de procès par des forces armées mauritaniennes alors qu'ils partaient aux champs ou pêchaient paisiblement au bord du fleuve. Je pense au vieux Demba Dioumo Ba, Abdoul Boucka Ndiaye et son neveu Mamadou Moussa Ndiaye, Issa Soumaré entre autres. Elle prend mon sac à dos et le met dans un saut d'eau qu'elle portait et je m'enlace et m' enroule par un turban saharien au visage pour ne pas attirer les regards.
Nous sommes allés vers les champs "Gouloumbol", près du fleuve, le lieu du rendez vous et par la grâce de Dieu les "occupants" militaires et gendarmes étaient absents. Je traverse tranquillement le fleuve et en plein jour sous le regard effrayé de ma soeur qui surveillait de l'autre côté et priait pour que les militaires ne reviennent pas avant notre traversée. Je descends de la pirogue et me dirige vers Jowol worgo, mon autre village de la rive sénégalaise où m'attendaient les parents avec inquiétude aussi. C'était un moment inoubliable et pénible de notre histoire où nous étions devenus étrangers et clandestins dans notre propre pays, pourchassés comme des "criminels" ou des "terroristes". Et la rumeur disait à l'époque que la plus sûre manière de se débarasser d'un adversaire était de l'accuser de "Flamiste". Plus grave les proches parents n'osaient même pas présenter des condoléances aux familles de nos camarades morts dans les geôles de Taya par peur d'être accusés d'être nos sympathisants ou militants ! Nous qui étions en exil on était coupés de nos familles et amis pour les préserver des représailles du régime militaire. C'était une autre histoire de notre longue lutte vers la liberté. Nous revenons de loin.
Longue vie et santé de fer à ma très brave soeur et digne fille du Fouta.
Mawnam, afo neene am korsudo Mayna Muttaar Koorka, nguurndam njuutdam e cellal e kisal. Debbo dimo, lobbo, kaaraysiro. Ngaynaaka Alla e Faay neene am. Yo Duuso 6ooy!
LLC!
Kaaw,
Miñiraagel ma Kaymbiri yelle Diye comme tu m'appelles affecrueusement.


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