fredag 4 september 2015

Devoir de mémoire et refus de l'oubli : 4 septembre 1986, le début des années de braise en Mauritanie

Devoir de mémoire et refus de l'oubli : 4 septembre 1986, le début des années de braise en Mauritanie


altC´était le 4 septembre 1986, le début des premières arrestations des militants et sympathisants desForces de libération africaines de Mauritanie(FLAM) suite à la publication du "Manifeste du Négro-mauritanien opprimé". En publiant ce manifeste en 1986, nous avions montré que des problèmes réels de coexistence entre les deux communautés raciales existaient.
Nous avions aussi montré par quels mécanismes, ils avaient été engendrés. Nous avions également indiqué les perspectives dangereuses (guerre civile) sur lesquelles pouvaient déboucher ces problèmes, s´ils n´étaient pas résolus à temps correctement.
Nous avions enfin appelé à un débat national sur la question. L´esprit du Manifeste était, en Patriotes sincères d´attirer l´attention des pouvoirs publics sur les problèmes de la nation, en vue de leur trouver des solutions avant qu´il ne fut trop tard.

Quelle fut la réponse du gouvernement raciste de Ould Taya? Cinglante, féroce et sanglante.

Depuis 1986, le système d´Apartheid mauritanien a systématisé dans le cadre de sa consolidation la politique de répression et de la mise à l´écart de la communauté noire et cela dans tous les domaines de la vie politique.

Ainsi en septembre de la même année, prenant comme prétexte la parution du"Manifeste du Négro-mauritanien opprimé", L´Etat raciste (parce qu´il n´avait pas des idées à nous opposer), procéda arbitrairement à l´arrestation d´une centaine d´intellectuels noirs qui furent inhumainement torturés, sommairement jugés et lourdement condamnés.

Plusieurs centaines d´autres seront révoqués de la fonction publique ou contraints à l´exil. C´est un petit rappel pour ceux qui ont une mémoire courte ! 

En 1987, les corps militaires et para-militaires connaitront une véritable purge qui se soldera par la radiation de plus de 3000 gendarmes, policiers, gardes et militaires noirs. Cette politique de mise à l´écart s´accompagne d´une volonté délibérée d´extermination de la communauté négro-mauritanienne déjà largement sous représentée dans tous les secteurs de l´Etat.

Ainsi, après l´assassinat le 6 décembre 1987 des lieutenants Ba Seydi, Sy Saidou et Sarr Amadou, le régime totalitaire du colonel Maawiya Ould Sid´Ahmed Taya s´attela à la liquidation physique des prisonniers politiques envoyés à cet effet à la prison mouroire de Oualata, l´écrivain TENE Youssouf Gueye, L´Adjudant-Chef Ba Alassane Oumar, Le Lieutenant Ba AbdoulGhoudouss, Le Doyen Djigo Tafsirou y seront froidement assassinés. C´est un petit rappel pour ceux qui ont une mémoire courte !

Le pouvoir engagé dans le démentélement de la composante noire s´appuie essentiellement sur les Baathistes et Nassériens qui infiltrent l´appareil d´Etat à tous les niveaux en rivalisant d´ardeur dans la répression des noirs. C´est ainsi que durant toute l´année 1988, les exactions contre les noirs étaient devenues des pratiques quotidiennes.

Les élèves, étudiants et civils noirs qui avaient tenté de manifester contre cette situation d´injustice à Nouakchott furent arrêtés, torturés et obligés à payer des lourdes amendes que les officiers de police baathistes fixaient selon leurs humeurs. C´est un petit rappel pour ceux qui ont une mémoire courte!

Kaédi, Djowol, Rosso, Sélibaby, Nouadhibou, Zouératt, c´est la même atmosphère de terreur contre les civils noirs avec arrestation, tortures et amendes à ceux qui disaient non à l´injustice. C´est un petit rappel pour ceux qui ont une mémoire courte !

Durant la même année 1988, le gouvernement envoya dans le Sud des brigades militaires exclusivement beydanes, pour exproprier les terres, perquisitionner et désarmer les villageois négro-africains, en état de siége. C´est dans ce contexte de chasse à l´homme généralisée contre les Négro-africains que survient le conflit dit "sénégalo-mauritanien".

En avril 1989, le régime raciste organise des massacres de plusieurs centaines de Négro-mauritaniens et autres ressortissants Ouest-africains, des viols, des vols, des déportations au Sénégal et au Mali de plusieurs dizaines de milliers d´authentiques citoyens noirs, la confiscation de leurs biens, l´arrestation de plusieurs d´entre eux, dont plusieurs souvent froidement abattus.

Cette politique délibérée d´extermination des Noirs a fini par instaurer une très grave situation interne qui a fait des Négro-mauritaniens des otages du Système. Le choix par le régime du génocide de la composante noire comme solution aux problèmes mauritaniens, à travers les événements d´Avril 1989, dans leur préparation méthodique, les conséquences horribles montrent à quel point la communauté noire est menacée dans ce pays.

La persistance en 1990 du même climat de terreur sur toute l´étendue du territoire marquée par les déportations, des licenciements massifs, la systématisation des exécutions sommaires qui prennent l´allure de véritables massacres atteste la réalité de cette menace.

C´est cette même logique de despotisme sanguinaire qui a conduit le régime deTaya à procéder en fin 1990 début 1991 à l´arrestation pour la nième fois de plus de 3.000 Négro-mauritaniens civils et militaires accusés, selon les "prétextes classiques" d´avoir comploté contre l´Etat. 

En mars 1991, avec la pression nationale et internationale, la dictature raciste recula et procéda à des "remises de peine grâcieuses" qui devaient aboutir à la "libération"des prisonniers politiques Négro-mauritaniens.

Le bilan de ces arrestations s´éléve à des centaines de morts tous exécutés extra-judiciarement, des milliers de cas de disparition dans la vallée pendant ces années de braise. C´est un petit rappel pour ceux qui ont une mémoire courte! 

Dans la totalité des villes et villages du Sud (de Ndiago à Daffor) il n y a aucune famille négro-africaine qui ne compte en son sein, soit un exilé, soit un déporté, un assassiné ou estropié á vie. C´est un petit rappel pour ceux qui ont une mémoire courte !

Le 4 septembre 86, l´histoire des années de braise commençait par là et elle continue toujours à faire des ravages. Que beaucoup de larmes, de sang et de salives versés !

Les Flam d´hier, FPC d'aujourd'hui , portèrent les premières le flambeau de la résistance et elles continuent à lutter contre vents et marées et à résister aux coups d´assaut du Système, de ses valets et de ses alliés.

Une chose est sûre: on a beau critiquer, dénoncer, réformuler, réformer, refonder, on revient au même constat du Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé 1986 et reformuler ses recommandations: le dialogue inter-communautaire pour un Etat juste, égalitaire et non-racial.

A cette occasion nos pensées pieuses et militantes vont à nos martyrs tombés sur le champ d´honneur à Oualata, Djreïda, Inal, Azlat, Nbeyka et dans la vallée. 

Et la lutte continue

torsdag 27 augusti 2015

HOMMAGE À ALPHA DIALLO, UNE GRANDE PERTE: ADIEU GRAND COMBATTANT!




Nous venons d´apprendre avec un grande tristesse le rappel à Dieu de notre cher ami, camarade et frère Docteur Alpha Diallo. "A Dieu nous appartenons et à lui nous retournons", nous dit le Saint Coran. Allahou Akbar !




Ancien membre dirigeant des FLAM, ancien membre-fondateur et premier secrétaire élu de l'AJD et Professeur titulaire de la chaire de Métaphysique religieuse et de Philosophie des Sciences à l'université de Nouakchott est parti à la fleur de l´âge.

Un grand et fidèle ami, un compagnon de lutte pendant les années de braise, un homme de foi et de convictions vient de nous quitter. Bassirou Hawa pour les intimes, Tafssirou Hamath son "pseudonyme de guerre" pendant nos années de braise, notre "Karl Popper" national a cassé sa plume !


Je me souviens encore de nos longues journées d´exil au Sénégal, de nos interminables réunions de nuits, de nos descentes dans des rédactions pour déposer nos communiqués et nos déclarations de presse. Je me souviens de nos tournées dans des camps des déportés pour maintenir le flambeau de la résistance.  Je me souviens toujours de ta voix douce et de tes petits sourires et de tes yeux pétillants d´intelligence. Je me souviens de tes colères contre la dictature militaire dans la vallée, je me souviens de tes conseils avisés et de nos échanges après notre retour au pays natal. Je me souviens de tes envolées philosophiques et lyriques, je me souviens toujours du camarade militant Alpha.   

 La Mauritanie vient de perdre un grand intellectuel et un homme de culture de dimension internationale mais surtout un homme de refus, un rebelle dans l´âme. Un homme humble, modeste, courtois, honnête et intègre. Un Foutanké fier et enraciné, un esprit libre et critique, un intellectuel engagé et courageux, un musulman pieux et généreux, voilà résumé en quelques mots l´enfant prodige de Wothie, Docteur Alpha Thierno Baba Diallo.

 Il ne nous reste qu´à prier et à pleurer. A prier pour qu´Allah le tout puissant, l´Eternel, l´accueille en son Saint Paradis et que la terre du Fouta natal lui soit légère! A pleurer cette lourde et irremplacable perte.


A ta gentille épouse Aminata Aw, devenue aujourd´hui ta veuve, à tes aimables enfants, aux familles Diallo et Aw de Wothie, à tes proches, à tous tes compagnons de lutte, à la communauté universitaire,  je présente nos  très attristées condoléances. 



A la mémoire de tous ceux tombés pour les causes justes nous répéterons après d'autres, cette oraison funèbre devenue classique « Ta vie fut combattante, ta mort héroïque, ton sacrifice sacré et ta mémoire éternelle».

Adieu camarade et la lutte continue!





NB: Photos archives prises: Janvier 1991: Le 1er congrès des FLAM en exil, certains sortaient de prison mouroir de Oualata, d´autres vivaient en exil depuis 1986 après la répression suite à la publication du "Manifeste du Négro-mauritanien opprimé", c´étaient les moments de retrouvailles et d´émotions fortes après des longues années de séparation.

- Les récentes sont pendant notre retour d´exil au siège des FPC.




tisdag 14 juli 2015

Années de braise: Témoignage: "La mort ne voulait pas de moi"


ll avait le visage sombre, sans expression, sans vie, peut-être à cause de ses yeux presque éteints. Un instant seulement il s´est animé, en sortant une liasse de papiers de sa serviette, qu´il m´a tendue. Il y en avait des pages et des pages photocopiées, où s´alignaient des noms, des grades, des lieux, des dates...
 Tous ceux-là sont morts, m´a-t-il dit d´une voix sourde. Regardez bien, lisez.Ensuite, il a raconté son histoire:

Je suis un militaire de carrière, brigadier-chef de la Garde Nationale, ancien commandant de brigade de T., une ville qui se trouve non loin de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie. J´ai derrière moi vingt quatre ans de service militaire.

Aussi loin que je remonte dans ma vie, depuis que j´ai commencé à comprendre, j´ai toujours constaté que les noirs n´avaient aucun droit, et que les Maures blancs étaient privilégiés. Chez nous, sur vingt ministres au gouvernement il y a un quart seulement pour les noirs, dans l´armée, un seul Noir pour dix officiers. Dans un stage, si un Maure a mal travaillé, il l´emporte portant sur n´importe quel Noir. Et pas question de protester.
Moi, je me suis accommodé de cette situation injuste, sans jamais faire de politique. Il me fallait vivre, et ma famille aussi. J´ai sept enfants, ou plutôt huit, le dernier, je ne l´ai encore jamais vu, il est né après mon exil.

C´est le 25 novembre 1990, que tout a commencé, par la réception d´une lettre de mon supérieur hiérarchique de la région militaire T., dont dépend ma brigade. Ce dernier me demandait de passer immédiatement mon commandement à mon adjoint, de me rendre à R.. toutes affaires cessantes. Dès le message recu, j´ai obéi, et j´ai pris un taxi pour R. muni de mon paquetage. Je suis arrivé vers midi à la caserne, et me suis présenté au bureau du chef, le capitanie A. Son sécrétaire m´a dit de l´attendre.

A quinze heures, le capitaine est apparu, il m´a appelé, et m´a seulement annoncé que je commanderai la section qui allait hisser le drapeau chez le gouverneur, trois jours plus tard, le vingt huit novembre, date anniversaire de l´indépendance de la Mauritanie. En attendant, j´habiterai la caserne et je devrai assister aux quatre rassemblements de la troupe, qui avaient lieu tous les jours. Le 28 novembre, comme prévu, j´ai participé à la fête de l´indépendance. Nous avons recu pour l´occasion des uniformes neufs. Le gouverneur a fait son discours, le drapeau a été hissé, et je suis revenu à la caserne à la tête de la section.
Je croyais après cela que j´allais repartir pour T. retrouver mes hommes, mais on m´a donné l´ordre de rester à R et de continuer à assister aux quatre rassemblements quotidiens: le premier à huit heures du matin, rassemblement général des troupes, élèves compris, et lever des couleurs, à midi, rassemblement pour les corvées des soldats, ordres, missions, à quinze heures, rassemblements de contrôle, et à dix huit heures, le dernier rassemblement pour la descente du drapeau.

J´ai vécu ainsi pendant près d´un mois. A la radio, on parlait de la guerre du Golf et d´évènements graves à Nouadhibou, la capitale économique du pays. Confusément, je m´attendais à quelque chose.
Enfin, le 20 décembre, mon capitaine m´a fait savoir que j´étais dispensé des rassemblements du jour à la caserne, et que je devais me tenir à sa disposition.

A quinze heures, un planton est venu me chercher, c´était urgent, je le suivis. En passant dans la cour, nous avons croisé le capitaine, nous nous sommes salués. Le capitaine m´a informé de mon retour à T.. Il fallait me préparer et le rejoindre ensuite. Je suis donc retourné dans ma chambre, j´ai rassemblé mes affaires, je les ai portées dans la Land-Rover qui devait m´amener. Ensuite je me suis dirigé vers le bureau du capitaine, en treillis, rangers aux pieds. Dans la salle d´attente, le secrétaire est venu s´asseoir à côté de moi.Et puis soudain, la salle a été envahie par quatorze gardes, tous des blancs, trois d´entre eux portaient des fusils, les autres des menottes et des chaînes.Leur chef m´a crié qu´ils avaient l´ordre de s´emparer de moi et de m´attacher. J´étais révolté, j´ai demandé ce que j´avais fait? ils ont répondu qu´ils n´en savaient rien, et que ce n´était pas leur problème.

J´ai donc été ligoté une première fois. A ce moment, le capitaine est entré, son pistolet à la main. Il a ordonné qu´on m´attache plus fortement encore. La colère m´a pris, on m´avait jamais traité ainsi, en plus de vingt ans de service, pas une punition ne m´avait été infligée. J´ai profité de l´instant où mes bras ont été libres pour réagir, me défendre. Je ne voulais pas qu´on m´attache, mais qu´on m´explique ce qui se passait d´abord! On m´a frappé à coups de crosse, à coups de chaînes en fer. Avant de tomber à terre, j´ai aussi frappé le chef des gardes, je n´avais peur, ni de lui, j´étais de taille à l´affronter, ni des fusils avec lesquels on me menacait, je savais qu´ils n´avaient pas de cartouches...Ils ont du s´y mettre à plusieurs reprises pour me maitriser et me lier comme le chef le voulait: deux menottes aux poignets, les bras dans le dos, deux menottes aux chevilles, et enfin des menottes pour relier les mains et les pieds. Cela s´appelle "le jaguar", car c´est dans cette position qu´on accroche cet animal sur une perche, après la chasse. Les menottes possédaient des dents acérées à l´interieur, elles m´entraient dans la peau, j´en porte encore la marque aujourd´hui.

Je suis resté sur place dans cette position jusqu´à environ huit heures du soir. Ensuite les gardes ont apporté un sac de riz vide, un grand sac, qui peut contenir cent kilos, ils m´ont mis à l´interieur, et m´ont transporté jusqu´à la Land Rover dans la cour. Ils m´ont jeté au fond de la voiture, et ils se sont assis sur mon corps.

La voiture a demarré, nous sommes sortis de la ville. A environ 70 km de Rosso se trouve un terrain nu, c´est le Centre de tir. Là, on m´a fait descendre, on m´a jeté sur le sol, et les gardes se sont mis à préparer du thé.

A un moment donné, ils m´ont déchiré ma tenue militaire à l´aide d´un couteau. Je suis resté en slip dans le froid et la nuit. La région est réputée pour ses moustiques, ces derniers s´en sont donnés à coeur joie.

Le capitaine est arrivé à environ 23 heures. Il a ordonné aux gardes de creuser un trou dans le sable. Lorsque le trou a été creusé, il a sorti son pistolet et s´est posé juste devant moi pour m´annoncer que le gouvernement avait appris qu´un coup d´état des FLAM était en préparation contre lui dans la ville de Nouadhibou. Je devais être au courant, il fallait que je dise ce que je savais là-dessus. Sinon, ma tombe était prête et j´allais mourir. En revanche, si je parlais, on me détacherait, on me rhabillerait, et on me ramenerait à la caserne comme si de rien n´était.J´ai répondu que je ne savais rien du complot, et que je n´avais pas mis les pieds à Nouadhibou depuis six mois. Avant de venir à T. j´étais en garnison seulement à Kiffa et à Nouakchott. "
-Tu ne veux pas parler, tant pis pour toi", a dit le capitaine.
A partir de ce moment là, il a changé de ton pour me parler, les gardes aussi. Ils ont utilisé des mots dégradants humiliants, ils crachaient sur moi, m´appelaient: "Sale négre". Aprés, ils n´ont plus cessé.

Le capitaine a demandé aux hommes le tabac en poudre qu´ils utilisaient pour leurs pipes. Beaucoup fument la pipe chez nous. Chacun a sorti ses réserves, et en a vidé une part sur un morceau de turban. Ils ont mélangé du piment moulu avec le tabac, dans un pot de thé.Une nouvelle fois, le chef m´a demandé si je voulais parler, j´ai répété que je ne savais rien.
On m´a allongé sur le dos, et on m´a mis, en guise de bandeau sur les yeux, le morceau de turban et son mélange de piment et de tabac en poudre.j´ai eu beau essayer de fermer les paupiéres, la mixture s´est infiltrée et a commencé à brûler d´une facon atroce. Un quart d´heure plus tard, le capitaine m´a interrogé à nouveau, et on m´a remis du mélange sous le bandeau. Les gardes ont recommencé à trois reprises. En même temps les hommes ont amené un réservoir d´eau de la voiture et m´ont arrosé. Notre climat désertique fait que les nuits sont très fraiches, par opposition au jour. Et les moustiques n´arrêtaient pas de piquer par dessus le marché.

J´avais froid et surtout très mal, mais je supportais la douleur. De toute façon, je n´avais rien à dire. A la fin, on m´a remis dans le sac de riz vide, transporté dans la Land Rover, et ramené en ville. Je ne pensais plus à rien, j´étais sûr qu´on allait me tuer maintenant. Un autre trou dans le sable comme tombeau.
On m´a enfermé dans un local de la caserne, un local sans toit où le vent pénétrait. J´étais étendu sur le sol de ciment, et j´ai entendu qu´on placait une sentinelle devant la porte, avec son fusil.
Je suis resté là jusqu´au lendemain, toujours attaché et le bandeau plein de tabac sur les yeux. Le capitaine est revenu à midi avec des gardes. Une nouvelle fois il a sorti son pistolet, m´a fait sentir son canon sur la tête, et m´a demandé si mon choix était fait, si je préférais parler ou mourir ? Une nouvelle fois, moi aussi, j´ai répété que je ne savais rien, et que je ne voulais pas mentir.

-" On attendra", dit le capitaine à ses hommes.
Je suis resté deux jours dans le même local, attaché, le bandeau sur les yeux, sans boire ni manger. Les sentinelles se relayaient toutes les deux heures. En prenant leur tour de garde, elles appliquaient les instructions recues, me frappaient à coups de pied et m´arosaient d´eau froide. Cinq fois de suite elles me remirent dans les yeux du tabac chauffé avec du thé.
Je m´affaiblissais, je souffrais, je pensais toujours à la mort, j´étais convaincu que j´allais mourir, d´ailleurs, il me semblait préférable de mourir plutôt que de subir encore la situation dans la quelle je me trouvais. J´avais accepté mon sort, j´avais déjà un pied dans l´au-delà.. Dans un local voisin, j´entendais des gémissements et des plaintes sourdes. C´était la voix du chauffeur du capitaine, un Noir comme moi, qu´on torturait. Le troisiéme jour, le capitaine est venu, accompagné du commandant du centre. Ils appartenaient à la même tribu de Maures, mais le commandant était un homme intégre.
Il a interrogé le capitaine et les gardes, qui lui ont raconté comment ils m´avaient traité pour me faire parler, les piments et le tabac mêlés au thé dans les yeux, les menottes, l´eau froide sur le corps, les coups, le manque de nourriture et de boisson.Le commandant leur a dit:"-puisqu´il n´a pas parlé avec tout ça, c´est peut-être qu´il ne sait rien. Qu´on le libére".
Le commandant est parti, mais je n´ai pas été libéré. J´ai appris plus tard que l´officier avait envoyé un rapport à l´Etat-major à mon sujet. A la suite de quoi, il a été convoqué à Nouakchott, où on lui a reproché d´avoir demandé ma libération. Il eut l´ordre d´arrêter tous les Négro-africains de la garnison de R.mais il a refusé, disant qu´il était prêt à tout, mais pas à arrêter des innoncents.

Moi, on m´a donné pour la première fois depuis mon arrestation un peu de bouillie tiède à manger. J´ai vomu. La même nuit on m´a transporté à T.. d´où je venais, et on m´a enfermé dans une prison dont j´ignorais même l´existence, de nouveaux bâtiments destinés à un tout autre usage. Dès mon arrivée, on a commencé à me battre vraiment. Pas des coups occasionnels, comme durant les premiers jours de détention, mais des raclées systématiques, accompagnées de coups de baïonnettes, dont je garde encore des traces sur le corps. On m´a battu toute la nuit, des soldats que je connaissais, c´était trop, l´idée de la mort me poursuivait, seulement je ne pouvais pas mourir, la mort ne voulait pas de moi!
La prison a commencé à se remplir peu à peu les jours suivants. Nous nous sommes retrouvés à 70, tous des militaires Négro-africains, rassemblés dans une seule salle au sol cimenté, sans sanitaires, avec une porte en fer ornée d´un gros cadenas. Nous avions les yeux bandés en permanence, exceptés quatre ou cinq d´entre nous, pour une raison inconnue, peut-être par manque de turbans. Ceux-là nous racontaient tout ce qui se passait, si bien qu´à la fin, les gardiens les ont mis à part, en quarantaine, pour qu´ils ne nous parlent plus.
Tous les matins on nous sortait de nos cellules et on nous alignait dehors. Le capitaine arrivait, je le connaissais aussi, il faisait une croix à la craie devant ceux qu´on allait torturer ce jour là. L´angoisse nous avait déjà serré le coeur, bien à l´avance.Les tortures étaient pratiquées de différentes facons. Par exemple, on creusait des trous dans le sable, on nous enterrait jusqu´au coup, la tête immobilisée, le visage nu tourné vers le soleil. Si on essayait de fermer les yeux, les gardes nous y jetaient du sable. Ensuite on nous remettait nos bandeaux.
D´autres prisonniers étaient emmenés jusqu´à un puits, qui ne contenait que peu d´eau. Ils étaient attachés par les pieds à fond. Ils suffoquaient, on les ressortait, et on recommencait.
Ces tortures n´étaient plus faites pour qu´on parle du complot, tout le monde savait maintenant que le coup d´état, soit disant en préparation, n´avait jamais existé. Les tortures étaient gratuites, elles avaient pour but de nous éliminer, nous les Noirs, les Maures du système savaient que même les rescapés seraient des gens dimuniés pour toujours. La guerre du Golf servait de prétexte, la haine expliquait tout.

Cela dura vingt et un jours, jusqu´à l´arrivée d´un officier de renseignement de l´Etat-major.
Ce matin là, on nous retira nos bandeaux, ainsi que les menottes entravant nos pieds. On nous garda que celles des mains, attachés dans le dos. Les gardes nous firent sortir, cinq par cinq, en dehors de la prison. L´officier n´en avait pas franchi la porte, il se tenait assis derrière une table, et prenait des notes, le capitaine assis á ses côtés.Certains d´entre nous ne pouvaient plus tenir debout. Ceux-là ont été traînés, ou même transportés.

Lorsque ce fut mon tour de passer devant lui, l´officier se mit debout, s´avanca vers moi. J´étais sale, comme les autres et abîmé de partout. Il me souleva la tête, me demanda si je le reconnaissais. J´y voyais très mal, mais j´ai dit oui. Nous nous connaissions depuis des années, il savait ma conduite toujours exemplaire." pourquoi lui a-t-on fait ca ?" a -t-il demandé en voyant sur moi les traces de tortures.
Il a ordonné au chef d´enlever tout de suite le tabac qui restait dans mes yeux, et demande qu´on fasse venir un médecin. Le capitaine a répondu qu´il était d´accord. On m´a mis de côté, et l´officier s´est occupé des autres prisonniers. Je ne l´ai pas revu avant son départ pour Nouakchott.
Un médecin est venu, il m´a examiné, m´a fait une ordonnance pour des médicaments. Lorsqu´il est parti, le capitaine a déchiré l´ordonnance et m´a jeté les morceaux de papier au visage.
J´ai déjà dit qu´au début nous étions environ 70 en prison. A la fin, il n´en restait que 16. Les autres étaient "partis". Quand un prisonnier ne pouvait plus tenir, il disparaissait. Nous demandions où il se trouvait, on nous répondait: "- A l´hopital". Mais en vérité, il avait été exécuté en cachette. Nous avons su tout cela seulement à notre sortie. Avant, nous l´ignorions, même si nous avions des doutes.
Nous, les survivants, nous nous trouvions aussi en bien mauvais état. Moi, je n´y voyais plus du tout, les camarades dirigeaient mes moindres gestes. Après la visite de l´officier, les tortures cessérent pourtant.
Une délégation officielle est arrivée de la capitale, le 6 mars 1991 pour nous libérer. D´autres prisonniers l´avaient déjà été dans d´autres camps, dans d´autres prisons. Notre chef, lui, n´avait pas voulu nous rendre notre libérté, il avait écrit à l´Etat-major que nous étions trop visiblement abîmés pour nous relâcher.
Donc, la délégation est venue. On nous a rassemblé, certains tenaient sur leurs jambes, d´autres étaient par terre. Le responsable de la délégation s´est adressé à nous, nous a déclaré qu´il parlait au nom du président de la République et du chef du gouvernement , le colonel Maouya Ould Sid´Ahmed Taya. Il nous adressait ses salutations. Si nous étions emprisonnés, c´est que des soupçons avaient pesé sur nous:
- " Entre militaires, vous le savez, nous avons l´habitude de punir ceux qui trahissent et complotent. Nos soupçons n´étaient pas fondés, nous le reconnaissons. Le président s´excuse. Demain, on vous aménera des vêtements neufs et vous serez libres. N´oubliez pas que vous êtes des Mauritaniens comme les autres. Ne parlez pas de ce qui vous est arrivé."
Ensuite le responsable a dit aux gardes de nous donner à manger. Ceux-ci se sont regardés, et l´un d´entre eux a levé la main pour demander la parole. Il a demandé si nous, les militaires torturés, nous allions rester en service dans l´armée, comme auparavant ?
Le chef a répondu affirmativement.
Le garde a repris alors:

" - S´ils sont maintenant dans l´armée, comme il y en a de plus gradés que nous, nous risquons d´avoir des ennuis avec eux".
Cette remarque a du paraître justifiée, puisque nos tortionnaires ont été affectés dans une garnison au nord-est du pays, très loin de T.et de R. Le lendemain, on m´a conduit à l´hopital de R. j´avais mal aux jambes, je pouvais à peine marcher, je n´arrivais plus à me servir de mes mains pour manger. Et je ne parle pas de mes yeux. Même me sachant libre, en théorie, je pensais toujours à la mort.

Des gardes nous surveillaient pour empêcher les visites. La nouvelle de notre libération s´était répandue, d´autres prisonniers d´autres camps étaient déjà rentrés chez eux grâce à des congés octroyés par l´armée. Beaucoup sont morts à ce moment là, peut-être à cause du rétablissement trop brutal d´une alimentation normale.
Toujours à l´hopital, j´ai appris que le président de la République nous avait accordé son "pardon" pour ce complot qui n´avait jamais existé. Il ne s´ agissait plus d´excuses comme on nous l´avait annoncé en prison!
Lorsque je fus quelque peu rétabli, on me transféra à l´infirmerie de l´Etat-major,à Nouakchott.Je n´avais toujours pas de contacts avec quiconque, on ne voulait pas qu´on puisse me voir dans mon état. Des parents sont allés se plaindre au Ministére de l´intérieur, qui coiffe les unités de la garde. Ils ont demandé si j´étais toujours en prison ou alors en libérté? le ministre de l´intérieur a ordonné qu´on me laisse rencontrer ma famille.
Ma mére est arrivée de mon village, qui se trouve à 400 kilométres de la capitale. Beaucoup auraient voulu l´accompagner, parents, amis, mais ils avaient peur, peur que les autorités puissent penser qu´ils venaient non seulement pour me voir, mais aussi pour témoigner dans une quelconque enquête qu´on aurait faite sur mon cas.

Ma femme et mes enfants n´ont pas quitté la maison, c´est peut-être tant mieux, car ils auraient souffert de me voir transformé comme j´étais, méconnaissable. Ma mére a pleuré lors de notre première rencontre, ensuite, elle m´a reconfortée. Elle a commencé à me prodiguer les soins traditionnels de chez nous, avec nos produits, elle me faisait des massages, elle passait des nuits entiéres à mon chevet..
J´ai subi aussi une opération aux yeux, pratiquée par un médecin francais, mais il me fallait maintenant d´autres soins, nombre de médicaments coûteux, que ma famille ne pouvait payer. Mes parents demandérent à voir mes supérieurs pour leur parler de ça, mais la demande fut bloquée au niveau du sécrétariat de l´Etat-major.
Aprés des mois d´attente, j´ai décidé de rencontrer moi-même le chef d´Etat-major. Un matin, je suis allé l´attendre au parking où il garait sa voiture. Je l´abordai lorsqu´il arriva, et je lui expliquai le motif de ma demande, une demande d´audience qui traînait depuis quatre mois.
Le chef m´a bien regardé, il a réfléchi quelques minutes, et appelé son ordonnance. Je reçus l´argent nécessaire à l´achat de mes médicaments, et une voiture vint me chercher pour me ramener à l´hopital.

Comme je lui avais parlé de ma famille, et dit que je n´avais pu rencontrer que ma mère, le chef donna aussi des ordres pour m´organiser un séjour au village. Une voiture avec un chauffeur fut mise à ma disposition, chargée de cadeaux pour les miens: cent kilos de riz, quarante litres d´huile, et une bonne somme d´argent.
Je fus heureux de me retrouver chez moi, de retrouver ma famille. J´ai appris qu´après mon arrestation, on avait renvoyé mes enfants de l´école. Parents et voisins pleuraient en me voyant, me faisaient fête, me prodiguaient des marques d´amitié.Seulement, j´étais presque aveugle, et j´éprouvais sans cesse des malaises, en particulier, chaque fois que je mangeais, je me sentais dimunié physiquement, je ne pouvais même plus "approcher" ma femme..

Aprés vingt jours passés au village, je suis allé au poste local de la garde et demandé de retourner à Nouakchott, pour revoir le médecin.
A l´Etat-major, j´ai rencontré le chef, de la même manière que la précédente. Il m´a aimablement demandé des nouvelles de mon congé, de ma famille, il m´a dit de continuer à me soigner. A ce propos, j´ai répondu que mon médécin voulait que j´aille en France pour qu´on m´y fasse une greffe de la cornée, qui me permettrait d´y voir à nouveau comme avant.La demande de mon médécin est passée de l´Etat-major au ministére de la santé, puis à la direction du Budget. Là, on s´est exclamé: il n´était pas question d´opération en France, on avait déjà trop de dettes à l´égard de ce pays, et pas d´argent pour les payer. On m´a parlé d´Abidjan, en Côte d´Ivoire, ou alors du Maroc.
Les choses suivaient lentement leur cours, je perdais patience, lorsqu´une cousine me fit rencontrer une soeur de charité française. Sa visite eut lieu une nuit, car elle ne voulait pas se compromettre au grand jour en rencontrant des Noirs. La soeur a photocopié mes papiers, et les a emmenés en France lors d´un congé. Brusquement j´ai appris qu´une association acceptait de me prendre en charge, l´A.C.A.T (L´ASSOCIATION CATHOLIQUE D´AIDE AUX TORTURES). La nouvelle me rendit mon envie de vivre, j´allais enfin guérir, me retrouver comme avant. Le 29 février 1992, je pris l´avion, on m´avait confié à un médecin, mon grand frère m´attendait à l´aéroport, en France.
Quinze mois s´étaient écoulés depuis son arrestation, ses épreuves O.N. venait en France plein d´espoir pour obtenir réparation du passé, se faire opérer, retourner chez lui, recommencer à vivre. Son espoir ne fut pas exaucé.
Durant les six premiers mois, son état général s´améliora pourtant progressivement: On soigna son dos qui avait conservé des séquelles de coups recus, il subit, l´une aprés l´autre, plusieurs opérations à ses yeux, mais il s´agissait seulement d´arranger les paupiéres abîmées dont les cils frottaient maintenant la cornée. L´oeil droit voyait très mal, l´oeil gauche était mort. Mais, contrairement aux prévisions antérieures, il s´avéra finalement qu´une greffe serait inopérante. Il fallut le lui dire.
O.N. se révolta, le spécialiste, n´y connaissait rien, on lui avait promis que .....
Un second médecin confirma le jugement du premier, O.N. en ressentit une immense déception, il eut la sensation d´une tromperie nouvelle, s´ajoutant à celle éprouvée en Mauritanie, où vingt cinq ans de conduite exemplaire à l´armée n´avaient pas empeché l´injustice.
" - Je n´y voyais rien, je ne pouvais retourner à l´armée comme avant."Non, la vie ne recommencerait pas, la réalité réapparaissait, triste et sans perspectives: la mal-voyance, toutes les autres séquelles des tortures endurées, l´éloignement du pays, la séparation d´avec sa famille, les souvenirs douloureux, les camarades morts.

Pour ajouter enccore à un état devenu dépressif, O.N. apprit une terrible nouvelle, l´arrestation de son frère cadet, dans son village natal, à la suite du meurtre d´un maure. Ce dernier avait été victime d´un peul du Sénégal, avant de mourir, il avait dénoncé son assassin au commandant de brigade du village. Cela n´empêcha pas l´arrestation du frère de O.N. et de trois autres Noirs du village, ni leur mise à la torture pour avouer un crime qu´ils n´avaient pas commis. Quant au commandant, on l´affecta à un autre poste, à mille kilométres de là: il avait rapporté la vérité au préfet du département, donc, contrarié le cours officiel de la justice..
"- J´avais toujours espéré revenir chez moi, je ne voulais pas me séparer de ma famille, de mes enfants, certains très jeunes." O.N. ne savait que décider à présent, les nouvelles de Mauritanie n´étaient pas rassurantes, la répression anti-Noirs reprenait de plus belle dans la vallée. S´il repartait, que lui arriverait-il ?

Il risquait la prison à nouveau, peut-être même la mort. Sa longue hésitation lui provoqua une autre maladie, le diabéte, une hospitalisation urgente. Enfin, il y eut l´affaire du colonel Boïlil, tortionnaire et assassin de trois cents militaires Noirs, un des principaux responsables des évenements de fin 1990. Pour qu´il se fasse oublier, le gouvernement mauritanien l´avait fait admettre en stage à Paris, à l´école de guerre inter-armes. Les autorités françaises l´expulsérent, et le nom de O.N.figurait à Nouakchott sur la liste de ceux qui étaient soupconnés de l´avoir dénoncé.
- "Je n´étais même pas au courant de la présence du colonel en France", dit O.N.Quoiqu´il en soit, sa famille le prévint: " Si tu rentres au pays, ils vont te prendre". Cette fois, la chose était claire, il ne pouvait plus repartir. Non sans une profonde amertume, O.N. demanda l´asile politique, qui lui fut aussitôt accordé, il entreprit les démarches nécessaires à la venue en France de sa femme et de ses enfants. Ce qui n´était pas simple: par exemple, lors de son arrestation, à T. les militaires avaient recherché dans ses affaires des papiers éventuellement compromettants, et ils en avaient profité pour brûler ses papiers personnels, dont les originaux des actes de naissance de ses enfants.
Remis de son diabéte, O.N., réagit portant, chercha du travail, et en trouva dans les cuisines d´un restaurant, pas pour longtemps, il n´y voyait pas assez clair: "- Je mélangeais les différentes sortes de fourchettes", raconte-il-, mi-figue, mi-raisin.

Il dut abandonner, la mort dans l´âme, sans plus vouloir rechercher d´autres activités.
Aujourd´hui, il a terminé ses démarches administratives, son énergie est retombée, malgré les soins réguliers de son médecin. Il vit en province, chez son frère, au bord de la mer, il attend les siens en regardant longuement l´image trouble de ses enfants sur les photographies qui viennent du pays, où son frère cadet est toujours en prison, depuis 6 ans, sans jugement, accusé de meurtre sans preuve sinon "Noir".

Il n´a rien d´autre à faire au long des jours qu´à ressasser son passé. La nuit, malgré les médicaments, les vieux cauchemars reviennent: il se trouve dans un cimétière, des gardes maures creusent sa tombe dans le sable, comme au champ de tir de R. ou dans la prison de T. il lui semble qu´il va mourir, au dernier moment, il s´éveille..
Son médecin écrit dans un rapport: " Bien que particuliérement lourd, le cas de monsieur O.N. n´en est pas moins exemplaire des dégâts physiques et psychiques que peuvent engendrer la torture et la répression."

Propos recueillis pour FLAMNET par  Yvette Adam en 1994 pour le FLAMBEAU (journal des FLAM).

Un témoignage émouvant d´une Négro-mauritanienne orpheline

J´ai recu ce message d´une jeune compatriote.

« Merci Kaw Mouhamadou Toure, de nous rappeler la tragédie dont les négro- mauritaniens ont été victimes. J'avais 7 ans en 1990, les militaires de TAYA sont venus chercher mon père au milieu de la nuit. Entendant du bruit je me suis levée pour voir ce qui se passe, mon père en tenue d'Adam, le visage ensanglanté, une main au niveau de ses organes génitaux pour m'empêcher de le voir dans cette situation, ma mère nue le retenait par toutes ses forces. Sans réfléchir je me suis accrochée à mon tour aux pieds de ma mère pour les empêcher de l'amener. Ils nous trainèrent jusqu'au portail de la maison. Un des militaires prit un élan comme un footballeur pour tirer un pénalty, par un coup de pied violant dégagea ma mère. Elle a perdu connaissance, je criais au secours, les voisins arrivèrent et couvrirent ma mère avec un pagne et la ramenèrent à l'intérieur de la maison.
Voila la derrière image que je garde de mon père car il n'est plus revenu. D’après les informations concordantes, mon père serait enterré dans les fosses communes d’Azilat. ».

 (S.A.S)

tisdag 26 maj 2015

L´AMOUR, LE SALUT DE L´HUMANITÉ


Je prie chaque jour pour nos ennemis, les méchants et les haineux pour que le Bon Dieu le Clément, l´Éternel puisse guider leurs coeurs vers l´amour, la bonté et la paix. Cette vie sur terre est éphémère et rien ne doit justifier l´animosité, la méchanceté et la haine gratuite contre son semblable. La haine ronge le coeur, tue le corps et étouffe l´esprit. Certes je suis pour la vérité et la justice mais je n´enverrai jamais mon ennemi au peleton d´exécution, l´humanité doit-être sauvée par l´humanisme et l´amour. Dieu n´est-il pas le plus juste des juges? 
Que le bon Dieu guide toujours nos pas et nos actes. Demain il fera jour car seule la vérité est révolutionnaire. Et la lutte continue!

söndag 24 maj 2015

LE REPORTAGE DE LA SEMAINE: KAAW TOURÉ MÈNE SA LUTTE DE LIBÉRATION À PARTIR DE NORRLIDEN

Le combattant de la liberté mauritanien continue son combat en exil à partir de Norrliden. Il lutte contre le racisme, l´oppression et l´esclavage en Afrique de l´Ouest. Il s´est engagé dans cette lutte depuis  bientôt 27 ans à l´étranger.

De son appartement situé à Norrliden, cet homme, un des dirigeants du mouvement d´opposition et de libération des Négro-africains de Mauritanie, mène sa lutte  contre Le régime mauritanien.
"C´est de l´Apartheid ce qui se passe dans notre pays; nous les Noirs représentons plus de 80% de la population mais nous sommes totalement exclus de tout pouvoir" nous dit Kaaw Touré.
La Mauritanie indépendante depuis 1960 est dirigée aujourd´hui de main de fer par une dictature militaire malgré la courte parenthèse démocratique de 2007 avec l’ élection d´un président civil.

Kaaw Touré s´est engagé dans cette lutte pour la justice très tôt depuis sa tendre jeunesse à l´âge de 15 ans et a été arrêté et emprisonné à  l´âge de 18 ans, ce qui a fait de lui le plus jeune prisonnier politique dans les geôles mauritaniennes sous le régime de Taya.

Il raconte sa  terrible expérience carcérale en Mauritanie et soulève un pan de son pantalon pour nous montrer les séquelles de ses blessures aux chevilles causées par les menottes pendant sa détention. Ces séquelles  toujours vivaces  sont des souvenirs et des marques de  sacrifice pour son idéal. Il a subi toutes sortes de tortures physiques et morales en prison et il se souvient que lui et ses co-détenus restaient des jours entiers dans leurs petites cellules sales sans eau ni électricité  en compagnie des moustiques et on leur servait un petit verre de thé pour toute la journée et parfois leurs geôliers versaient du sable dans leurs repas composés de riz.

L’entretien se déroule autour d’un café en compagnie de ses deux mignons
gar
çons pleins d´énergie Biko et Mandela, prénoms de deux célèbres combattants de la liberté Sud-africains. En jetant un coup d’oeil à sa bibliothèque, on découvre avec une grande admiration sa très forte fascination pour la lutte de libération de l´ANC. On y remarque, entre autres ouvrages, beaucoup de livres autobiographiques sur Desmond Tutu, Nelson Mandela et Steve Biko.

Comme ces héros, la lutte politique que mène kaaw Touré est aussi contre la discrimination raciale et l´esclavage dans son pays.
 "La population mauritanienne est dans sa majorité musulmane et les régimes qui se sont succédés ont toujours voulu nous arabiser sous le prétexte fallacieux que nous sommes musulmans, mais nous le refusons parce que nous ne sommes pas arabes. Nous sommes des Négro-africains avec notre identité propre, nos cultures et nos langues spécifiques" assène t-il.

Pendant ses 27 ans d ´exil, la situation pouvait être tout autre pour lui s´il avait accepté et  cédé aux offres mirobolantes et tentatives de corruption et de récupération du pouvoir mais il a toujours opposé un niet catégorique et refusé de servir ou de collaborer avec un régime dictatorial et raciste. Cet engagement ferme l´a conduit en exil forcé au Sénégal à l´âge de 20 ans.
Cependant les  autorités de sa nouvelle terre d´asile par peur des inimitiés avec  leur belliqueux voisin du nord décident d’expulser Kaaw Touré qui venait justement d’échapper  à une extradition demandée alors par les autorités mauritaniennes.
Il obtient le droit d´asile en Suède sans pour autant renoncer  à sa lutte. "Plus de 530 de nos militants et sympathisants ont été assassinés dans les prisons et c’est  en leurs noms que nous devons et  continuons encore la lutte aujourd´hui; abandonner cette lutte serait en quelque sorte les trahir"nous rappelle Kaaw Touré. 

L´exil a été très dur pour lui et ce sont, dit-il ”ces longues années de privations de la chaleur familiale qui m’ont le plus manquées! Le mal du pays vous tient toujours; heureusement que grâce aux nouvelles techniques de communication, on peut maintenir le contact via skype, viber et autres . C´est terrible de ne pas pouvoir assister à certaines cérémonies familiales comme les mariages, les baptêmes et les funérailles des proches ou amis” nous dit-il.

Kaaw Touré est aussi un homme diplômé qui a eu une formation d´ingénieur en planification économique  à l’ENEA de Dakar et un Master de Lettres et de Sciences Sociales à  l’Université de Växjö. Il a été le rédacteur en chef du journal ”Le Flambeau” l´organe d´information des FLAM et a enseigné  pendant de nombreuses années en Suède.
Il travaille maintenant dans l´intégration et l´insertion des demandeurs d´emplois, des nouveaux immigrés et réfugiés en Suède.

Dans sa lutte, Kaaw Touré a le soutien de sa famille et plus particulièrement de son épouse Arwa Dieng qui est une doctorante en sociologie et qui a choisi de vivre loin de sa famille et de son pays natal pour vivre aux côtés de lui: "Cette lutte  est très noble et exige beaucoup de sacrifices et de privations, mais cela dit, je suis très fière de lui et de la lutte qu’il mène et pour cela , il a mon soutien indéfectible" nous dit Arwa.
La famille Touré est l´une des rares familles mauritaniennes qui vit en Suède.

Kaaw Touré a commencé aussi à écrire ses mémoires politique;  le livre s’intitulera "De la prison à l´exil". Il y décrit et retrace son parcours, sa vision politique mais aussi son combat contre la discrimination raciale en Mauritanie. Sa page facebook qui est aussi très visitée par ses compatriotes et amis est ornée par le slogan très évocateur ”la lutte continue”!


Reportage d´Anders Blank et Paul Medje. 
Le Baromètre du jeudi 21 mai 2015. 

torsdag 21 maj 2015

Kaaw Touré driver sin frihetskamp från Norrliden

Mauretansk frihetskämpe fortsätter sin kamp i exil i Norrliden. Han kämpar mot rasism, förtryck och slaveri i Västafrika.


Det har han gjort utomlands i 27 år.
På Smålands Lejons väg på våning två i en trea sitter en man och bedriver sin frihetskamp. Kaaw Touré är av de ledande opposi­tionella i Maure­tanien och är en av ledarna i organisationen Flam, frihetsstyrkorna för svarta afrikaner i Maure­tanien (fri översättning). I år har han drivit sin kamp i exil i 27 år.
Det är apartheid i landet. Vi svarta afrikaner tillhör 80 procent av befolkningen i landet men är helt avskurna från all makt.
Mauretanien är en militärdiktatur och har så varit, ­förutom under ett årslångt uppehåll med demokrati 2007, sedan 1960-talet.
Kaaw Touré har kämpat länge för rättvisa i Maure­tanien. Redan som 15-åring gick han med i rörelsen och var som 18-åring den yngsta poliska fången i ett mauretanskt fängelse.
Tiden i ­fängelse beskriver han som fruktansvärd. Han drar upp byxbenen och visar märken efter fotbojor. De är kvar trots att det ­är ­nästan 30 år sedan han satt i fängelse. Märkena är en påminnelse om kampen och det han offrat för att kämpa för sin sak. Tortyr var vardag i fängelset. Ibland fick de bara ett glas vatten per dag, ibland när de väl fick mat strödde vakterna ökensand över tallriken så att maten inte gick att äta.
Han bjuder på Nescafé medan två energiknippen till barn springer runt hans ben, Biko och Mandela, namngivna efter Kaaws två sydafrikanska frihetshjältar. En titt i bokhyllan skvallrar också om hans fascination för hur ANC lyckades förinta rasdiskrimineringen och ordna fria val med biografier om Desmond Tutu, just ­Nelson Mandela och Steve Biko.
Själva kampen som Kaaw Touré för handlar om ras, diskriminering och slaveri.
– Till största delen är befolkningen muslimsk. Men de styrande vill få det till att vi också är araber. Så är det inte, säger han.
I stället för 27 år i exil kunde utvecklingen ha varit betydligt bekvämare för honom. Han är ett oros­moment för styret och kommer dessutom från en respek­terad familj. Regeringen försökte därför köpa över honom och erbjöd en ministerpost. Men i stället valde han att kämpa för sina ideal och flydde till grannlandet Senegal. Hans nya hemland ville inte stöta sig med in mäktiga granne och gick med på att lämna ut honom. Då flydde han till Sverige, men han gav inte upp ­kampen.
– 530 aktivister i vår rörelse har dött i fängelse. Det är mycket för deras skull som jag för kampen vidare.
Men det innebär att han under en överskådlig tid inte kommer att kunna träffa sin familj.
– Det är klart att jag längtar men vi har kontakt via Skype och Viber. Det går. Vi har en stor familj och jag sörjer att jag inte kan vara med på dop, giftermål, begravningar, säger han.
Kaaw Touré är en väl­utbildad herre. Han har examina i journalistik, ekonomi och är utbildad ingenjör. När han kom till Sverige läste han lärarutbildning vid då­varande Växjö universitet och arbetade senare som fransklärare. Nu jobbar han som etableringslots.
Hans fru Arwan har doktorerat i sociologi. Trots uppoffringen att lämna familj och hemland stödjer hon hans kamp.
– Det är viktigt. Det vi ­offrar är inte så viktigt i ­sammanhanget, jag är stolt över hans kamp, säger hon.
Familjen är en av få som kommer från det Väst­afrikanska ökenlandet. De har hört att det finns två eller tre familjer i Stockholm. Det är i stort sett allt.
Kaaw Touré har nu också börjat skriva på sina ­memoarer. Det ska bli en bok om hans kamp utanför sitt land och kommer att få titeln Från fängelse till exil. Här ska han försöka beskriva sin uppväxt, sina politiska visioner men också kampen mot rasåtskillnaden i Mauretanien.
Hans Facebooksida pryds av orden La lutte continue, kampen fortsätter.
Det gör den, från Norr­liden, närmare 500 mil från konflikten.
BAROMETERN  Torsdag 21 maj 2015.
Anders BLANK och Paul MADEJ (Foto)

tisdag 19 maj 2015

DÉBAT: Quand le président Samba Thiam des FPC(ex-Flam) répond aux attaques malveillantes de Mohamed Ould Maouloud de l´UFP-MND

Ould Yessa aimait à dire, pour appeler à la vigilance, que lorsque ses ‘’parents’’ voulaient dissimuler quelque chose aux Négro-africains, ils le diffusaient en arabe…
Ould Maouloud vient de faire une sortie à (Zaharachinguitty.info) –version arabe- où il chargeait les Flam - aujourd’hui FPC- .
Vous devinez que pour répondre aux critiques formulées, J’ai dû recourir aux services de traduction, oh combien délicate et inconvenante dans notre contexte ! 

La sortie de Maouloud , comme les sorties en général du Mnd –Ufp dirigées contre nous reposent, bien souvent, sur des accusations fallacieuses , des raccourcis faciles , s’ils ne recourent simplement à l’amalgame , aux dénigrements et à la calomnie . Il commence par relever les différences entre nous, enchaine sur sa critique pour finir par appeler à discuter …

Abordant la différence entre eux et Nous Maouloud affirme qu’elle se situait dans l’idéologie ; moi je dirais plutôt qu’elle tient à l’analyse de la situation interne –depuis toujours - ; elle réside, à mon sens , dans la perception et l’appréciation des hommes et des choses , dans la vision . Je continue de croire que nous nous réclamons tous deux de gauche, cette gauche nourrie à l’idéal de liberté et du progrès,… maintenant que le communisme est partout renié. 

Commençons - pour fonder mon assertion- par comparer le regard , récent, qu’il portait sur la personnalité de Ould Taya qu’il jugeait ‘’ en patriote qui aimait son peuple …‘’ avec le mien qui considère ould Taya comme le plus stupide des Présidents , et l’incarnation même du mal absolu ; Ce camp d’en face nous reprocherait nos concepts : Système, "Apartheid mauritanien , Négro –africain ou Négro-mauritanien" , concepts qui les incommodaient au plus haut point … Là où mon organisation dénonce frontalement, avec force, l’oppression dont sont victimes les Négro-mauritaniens, eux louvoyaient, abordaient la question avec circonlocution ! Face à ce que nous qualifions de discrimination, de racisme structurel de l’Etat mauritanien, ils faisaient profil bas et ne trouvaient à opposer qu’ un ‘’compromis processuel et dynamique’’…

Face aux putschs militaires Awlad Nasr et Négro-africains, nous nous souvenons encore du double standard par eux adopté, malgré la différence de nature de ces deux évènements .

Notre Manifeste fut qualifié par lui et ses amis de document incendiaire qui ‘’ voulait mettre le feu à la maison commune ‘’, pour tenter de remettre en cause l’équilibre existant … ; l’équilibre existant !!!

Quelque part, nous sommes à l’égard du Mnd-Ufp ce que De Gaulle fut pour Vichy. De Gaulle combattait les Allemands qui avaient envahi la France et Vichy combattait De Gaulle ! Nous combattions le Système, le Mnd-Ufp nous combattait…
Bien sûr, de temps à autre , quelque Négros et quelque negrita montaient au créneau , versaient dans le ‘’discours flamiste’’ pour tenter de mystifier l’opinion négro-africaine , brouiller les cartes , afin de limiter les dégâts dans leurs rangs , chaque jour un peu plus clairsemés .

L’origine de notre contentieux avec le Mnd , vieux de trente ans , est à chercher dans la différence de morale politique ! Nous croyons à une certaine noblesse politique, qui se refuse au mensonge, à la calomnie de l’adversaire, aux coups fourrés, aux poignards dans le dos ! Un homme ça se retient disait le père de A CAMUS.

Pour revenir aux différences , celle essentielle –originelle- entre eux et Nous date , je crois , des années 70 , lorsqu’eux mettaient l’accent sur le combat contre l’impérialisme français , là où nous pensions qu’il fallait , pour justement réussir cette lutte contre l’impérialisme – consolider le front intérieur en s’attaquant d’abord ou simultanément aux discriminations rampantes des nationalités, déjà perceptibles . Ils pensaient que la lutte contre l’impérialisme était la contradiction principale, nous pensions le contraire. Ils développaient une approche marxiste de classes , là nous percevions déjà , au-delà des réserves et limites de cette approche dans le contexte africain – , que la lutte des classes glissait vers la lutte des races ; l’une était sur le point de recouvrir l’autre , dans notre contexte interne , pour devenir une . Bien que le cours de l’histoire aie confirmé nos vues, ils refusaient, malgré tout, de faire leur mea-culpa, et persistaient dans la fuite en avant … 

Maouloud dit dans cette interview que le terme Négro-mauritanien avait été créé par nous, pour inclure les Haratines dans notre combat afin « de faire front contre les maures ». 

Un peu de vrai, beaucoup de faux comme savent si bien le faire les élément du mnd ! Raccourci facile, pure vue de l’esprit … 
Nous avons réinventé ce terme , non pas « pour faire un front contre les maures » comme le croit le président de l’UFP , mais pour faire front contre un Système inique , pernicieux ; cette démarche s’inscrit dans une logique naturelle qui veut que dans les luttes de factions , chaque partie cherche à créer un rapport de force qui lui soit favorable ; c’est de bonne guerre , il doit en convenir . S’il se trouvait des maures qui souhaitaient la préservation de ce Système, alors oui, nous ferions front contre eux. Que Maouloud nous dise donc dans quel camp il se situe ? Dans le camp des destructeurs du Système ou dans celui de ceux qui œuvrent à le perpétuer ? Dans le camp de l’immobilisme ou dans celui du changement ?
Notre souci, notre intention n’a jamais été de détacher les haratines des maures (blancs), ou de les avoir avec nous contre les Bidhaans, non ! Nous voulions , en progressistes, simplement soutenir leur juste lutte , en hâtant leur prise de conscience politique , et partant, leur émancipation … Cela nous l’assumons, et nous sentons fiers d’avoir presque réussi . Ce concept englobant , parallèle à celui de N-africains , visait aussi à distinguer le type de Noirs mauritaniens , pour l’étranger ; Il y avait ceux qui avaient été réduits en esclavage et perdu leur culture originelle , par assimilation , il y avait les autres, qui avaient échappé à cette traite négrière et donc avaient conservé , intactes , leurs langues et cultures d’origine ( wolofs , Bambaras , Pulaars , Soninko ) .
En tout état de cause ‘’ l’identité haratine’’- actuellement assumée - vient clore ce faux débat ; les Hratine , en effet, ont fait le choix , disent-ils, de n’appartenir ni au camp des kwar ni à celui des arabes …

Au finish , dirais-je à Maouloud , n’avions-nous pas , nous aussi , le droit d’user du slogan de l’internationale : ‘’prolétaires (… ) unissez-vous’’ , d’autant que nous sommes ( hratine et Kwar ) aujourd’hui et depuis toujours les véritables opprimés du Système en cours ? Nous n’excluons nullement les opprimés arabo-berbères, il ne tient qu’à eux de rejoindre nos rangs.

J’en viens maintenant à l’amalgame, la confusion , qu’aiment bien entretenir Maouloud et ses amis entre les deux nationalismes , qu’ils renvoient souvent , non sans cynisme , dos à dos ; Le nationalisme arabe - nationalisme arrogant , intolérant , impérialiste, et le nationalisme négro-africain qui demeure un nationalisme ouvert , patriotique . Si en théorie les Mawlouds prétendent se démarquer des premiers ( Nasseriens et Baassistes ) ’en pratique, ils ne sont pas très éloignés de ceux-là , de par leur quasi silence sur la réalité socio politique douloureuse , actuelle du pays .

En conclusion , ce type de critique émanant d’éléments intellectuels arabo-berbères évoquent, pour moi , les propos que Martin Luther King tenait à l’endroit des whites citizens , des whites moderates aux Etats-Unis .

King disait que les Blancs modérés , par leur position qui renvoyait dos à dos victimes et oppresseurs , contribuaient, en réalité , à renforcer l’oppression des Blacks américains . Ces whites moderates stigmatisaient les effets (tension) mais se gardaient de considérer les causes à l’origine de cette même tension. Ils étaient, ajoutait-il, plus dévoués à l’ordre qu’à la justice … ils préféraient la paix négative qui est absence de tension , à la paix positive qui est présence de justice . King terminait pour dire que l’injustice devra être exposée à la lumière de la conscience et de l’opinion nationale avec toute la tension que son exposition créée. C’est à cela que nous nous essayons.

Pour revenir enfin à son appel à discuter , bien sûr que nous sommes preneurs ; dès que l’opportunité sera offerte …mais cette discussion, je crois , ne pouvait tourner autour des ’idéologies... 

Je ne puis, par ailleurs, ne pas noter ce paradoxe chez mon alter ego : il déterre la hache de guerre tout en appelant simultanément à discuter pour solder notre contentieux vieux de 30 ans ? Notre long et difficile compagnonnage , cette relation tempétueuse marquée par un déficit de confiance , par la méfiance , suscités par les coups fourrés , les coups bas , les dénigrements et la calomnie , ne saurait se pacifier sur une simple discussion , à moins …de forcer sur l’optimisme . 
Mais enfin essayons toujours, même si l’on est persuadé qu’on ne change pas à 60 ans…

La lutte continue!

Samba THIAM- Président des FPC (Ex-FLAM)

LA LUTTE CONTINUE!

La lutte continue, c´est plus qu´un slogan, c’est une profession de foi, un appel au courage et à la persévérance. Un hymne à la résistance et un chant de rédemption jusqu´à l´éradication et l´extinction de toute forme d´injustice et de discrimination en Mauritanie. La lutte continue est aussi et surtout un cri de ralliement de tous les combattants de la liberté.
LLC!

REPORTAGE DES JOURNALISTES SUÉDOIS CHEZ MOI


Des journalistes d´un grand quotidien suédois en reportage chez moi pour parler de notre parcours de combattant, de notre lutte contre le racisme et l´esclavage en Mauritanie. Un dossier qui sera publié d´ici deux jours Inchaallah.
La lutte continue!

AINSI ÉCRIVAIT NOTRE REGRETTÉ DOYEN JEAN PIERRE NDIAYE SUR LA MAURITANIE PENDANT LES ANNÉES DE BRAISE

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