torsdag 23 april 2015

ARCHIVES: Interview de Kaaw Touré Porte-parole des Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) au site AHME

A.H.M.E : Bonjour ! Kaaw Mouhamadou Touré Porte-parole des FLAM, Que pensez-vous des dernières élections présidentielles en Mauritanie. Ould Abdel Aziz  a-t-il été élu dans la transparence ?
 Les dernières élections sont maintenant derrière nous et ne sont plus à l´ordre du jour. Je pense que l´opposition est responsable en partie de sa propre défaite parce qu´elle a mal négocié les accords de Dakar et les erreurs en politique se payent cash et elle doit en tirer les conséquences. Une chose est sure les résultats ont surpris la classe politique et beaucoup  d’observateurs. Les Flam qui n´étaient pas candidates et qui étaient en dehors du processus pour les raisons que vous savez ne peuvent être plus royalistes que le roi et ont donc pris acte de cette nouvelle réalité de la Mauritanie.
Nous avons dénoncé et combattu le putsch en son temps mais depuis les accords de Dakar, le discours de démission du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et les élections d´août dernier nous ne pouvons plus  faire de la nouvelle donne politique du pays. Est-ce que le Général-putschiste devenu président élu va se départir de ses réflexes d´homme de casernes pour réconcilier les mauritaniens? Est-ce qu´il va réconcilier l´Etat avec les opprimés et exclus du Système? Va-t-il détruire les fondements du Système raciste et esclavagiste du pays? L´avenir nous le dira. En tout cas les Flam seront toujours là pour veiller et continuer le combat.

2. A.H.M.E  : Le passif humanitaire est un dossier lourd. Les victimes réclament la justice mais Aziz se limite à formuler des excuses publiques. Selon vous, pourquoi les autorités mauritaniennes refusent de traduire les criminels devant la justice et quelle est la position des FLAM sur cette question ?
Le passif humanitaire comme nous le disons toujours est un euphémisme utilisé par ceux là qui répugnent à parler des déportations et des crimes commis contre les Négro-mauritaniens. Ces crimes commis entre 1986-1991 ne sauraient rester impunis sous peine de saper les fondements même de la vie en commun. On ne peut décréter l´amnistie comme avec Taya, ou prôner l´amnésie au regard de la tendance actuelle, pour évacuer ce dossier douloureux.
Hier comme aujourd´hui, nous ne dirons jamais assez que pour régler ce problème, il faut trouver l´équilibre entre la nécessité du pardon, le refus de l´impunité ou devoir de justice, et les exigences de vérité et des réparations. Ce serait toutefois une erreur de croire que les réparations des crimes et des déportations suffiraient à elles seules à assurer la réconciliation. Il faut plus: s´attaquer à notre épineux problème de cohabitation. De simples prières et compensations financières ne suffisent pas, il faut du courage politique et surtout une volonté réelle des autorités à trouver une solution juste à nos problèmes et comme on le disait dans le Manifeste de 1986, quelle qu´en soit la faiblesse tellurique, après un tremblement de terre, on doit s´évertuer à reconstruire sa maison sur des fondations solides et durables, avec des matériax mieux adaptés. On ne peut se contenter de colmater les brèches occasionnées par une première secousse, sinon, à la deuxième, la maison ne sera plus habitable. Il faudrait alors la détruire. Et cette secousse peut survenir à tout moment.
3. A.H.M.E  : Le rapatriement de nos compatriotes expulsés en 1989 et suites, est en voie de règlement. Les rapatriés sont-ils rentrés dans leurs droits ? Qu’il s’agisse des terres de culture, des maisons, des villages occupés, des animaux et biens spoliés. 
Le problème des réfugiés est un dossier que je connais bien pour avoir vécu ces évènements de près en 1989, du camp de "Batrain" de Ouakam, à l´école de police de Dakar qui ont recu les premières vagues des fonctionnaires déportés, en passant par le camp de Thiès jusqu´au déplacement des réfugiés au camp de Dagana ; la création de l´ARMS et de l´AMRS, le complot du HCR de 1995, le PSIR et son "mooyto koota" ( le retour en incognito ) enfin. J´ai sillonné et vécu dans les camps de Dagana jusqu’à Haité au Mali à l´époque ; c´était dur et difficile, les réfugiés n´avaient comme protecteurs et avocats que les Flam. Tout ça, nous l´avons géré de près en tant que militant des Flam mais aussi en tant que porte-parole des réfugiés mauritaniens au Sénégal, et cela nous a valu l´expulsion de  ce pays. Il n'y avait, à l´époque, ni partis politiques ni associations de droits humains pour encadrer et défendre ces apatrides; aujourd´hui tout le monde en parle et parfois avec le zèle des nouveaux convertis, tant mieux ! Nous pouvons dire que nous revenons de loin. Aujourd´hui on reconnait notre mauritanité et on accepte notre retour organisé, ce pas important est le fruit de notre lutte; mais comme vous l´avez souligné des problèmes demeurent. Malgré les déclarations politiciennes des responsables de l´ANAIR, les problèmes persistent aussi bien dans la récupération des terres, des villages occupés, l´éducation des enfants et l´intégration sociale des déportés. Les évènements de Diolli, de Gourel Moussa et tout récemment de Fada sont là pour alerter l´opinion sur les dangers d´une politique de navigation à vue, concernant ce dossier.
4.  A.H.M.E : D’aucuns affirment que les FLAM sont en négociation avec Aziz. D’autres nient l’existence de cette négociation. Qu’en est-il ?
Je devine d´où vient cette propagande sournoise, et cela me fait sourire. Les Flam ne sont en négociation ni avec Aziz ni avec personne. Quand nous déciderons de négocier avec le pouvoir, nous le ferons à ciel ouvert parce que nous n´avons rien à cacher et nous ne sommes pas obnubilés par la chasse aux strapontins. Ce qui nous préoccupe, c´est la Mauritanie et rien d´autre. Non, les Flam ne sont pas en ce moment en  négociation avec Aziz. Je suis catégorique.
5. A.H.M.E : Le combat que mène la communauté négro-africaine de Mauritanie ne peut aboutir sans l’unité. Or, l’Etat et la féodalité maures continuent à utiliser les différentes parties les unes contre les autres. Tantôt, dans une gestion tranquille de l’esclavage maure, l’Etat partage quelques miettes du pouvoir avec l’autre partie des associés-rivaux (Mouhamadou Abdoul in Collection L’ouest saharien, Volume n°4, 2004, l’Harmattan ),  qu’est la féodalité négro-mauritanienne. Celle-ci ne s’est jamais souciée de l’esclavage maure. Tantôt, dans un conflit entre les deux associés- rivaux (féodalités maure et négro-mauritanienne), alors l’Etat maure utilise ses forces de répression et au besoin les Haratine. Les exemples de 1966 et 1989 le prouvent.
Dans ce cas, les Haratine apparaissent comme les seuls responsables des répressions de l’Etat maure. L’Etat et la féodalité maures s’empressent d’accréditer cette idée dans l’opinion nationale et internationale . Que faire pour surmonter ces contradictions et parvenir à cette unité ?
Notre combat a toujours été, entre autres, le recouvrement par tous les Mauritaniens et singulièrement les Négro-mauritaniens, de leur dignité par l'élimination de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement. Et quand nous disons Négro-mauritaniens nous faisons appel à tous les noirs de Mauritanie qu´ils soient de culture négro-africaine ou de culture arabe, ce concept  Négro-mauritanien usité aujourd´hui par tous appartient aux  Flam. Il faut rendre à Cesar ce qui appartient à Cesar.
 Les uns sont victimes de déni de dignité et les autres de déni d´humanité, leur union est normale et doit s´inscrire dans l´ordre naturel des choses si l´on considére les convergences, voire les imbrications profondes entre les deux composantes. Celles-ci sont justement materialisées par la commune exclusion du Système en tant que Noirs. Les Flam sont la première force qui a souhaité très tôt l´unité des Négro-mauritaniens. Cette unité constituera une force formidable, apte à hater la fin d´un Système, dont le processus de destruction est déjà enclenché.
Après les évènements de 1989 nous avons fait une campagne de sensibilisation auprés des camps des réfugiés pour leur expliquer que ces hordes haratines qui tuaient dans les villes et dans la vallée ne sont pas les vrais responsables des crimes parce que pour être coupable il faut être un homme libre et responsable , alors que ces haratines qui tuaient leurs frères et soeurs étaient  instrumentalisés, ils étaient  les bras armés de lobbies et courants politiques racistes et agissaient sous les ordres de leurs maitres . On ne devrait donc pas leur en vouloir. Nous avions même lancé beaucoup de tracts dans le Sud de la Mauritanie pendant les années de braise  sous le titre "Appel à mon frère Haratine" disponible dans nos archives. Les opprimés doivent s´unir, non pour se venger de qui que ce soit, mais pour faire de la Mauritanie un Etat de droit, respectueux de leur dignité.
6. A.H.M.E  : Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait réussi à faire voter une loi criminalisant l’esclavage. Les ONG abolitionnistes considèrent que cette loi a été oubliée et remplacée par la thèse des séquelles de l’esclavage (retour à Ould Taya). Pourquoi les décrets, les ordonnances et les lois relatifs à l’esclavage  ne sont pas appliqués en Mauritanie ?
 Il ne faut pas se faire des illusions, ce n´est pas par un simple decret qu´on va finir avec l´esclavage. Il faut une volonté réelle accompagnée d´une campagne intense de sensibilisation et des projets d´insertion et d´alphabétisation des esclaves pour les sortir de ces ténébres moyenageuses. Il ne faut pas oublier que ceux qui profitent de ce système restent agrippés à leurs privilèges et  demeurent hostiles à tout changement de fond de l´ordre actuel, et ils  feront tout pour renvoyer aux orties toute loi abolitionniste. Il faut surtout une volonté réelle d´éradication de l´esclavage et de toutes ses séquelles dans notre société pour en finir. Je crois  comme mon héros et idole de toujours, Steve Biko, que la lutte anti-apartheid n´aboutirait pas entièrement tant que les noirs, à titre individuel, n´avaient pas fait la révolution de leur propre être. Tant qu´ils ne s´étaient pas libérés des chaines de l´esclavage psychologique forgé par des générations d´histoires falsifiées et tronquées. La libération du peuple n´équivalait pas simplement à changer les lois ségrégationnistes mais aussi à reconstruire l´homme noir, la personnalité noire dotée d´autonomie. Cette pensée parle encore davantage aux haratines. 
7- A.H.M.E : Pouvez vous nous donner  la position  des FLAM par rapport à l’esclavage  et quelles sont les solutions que vous préconisez pour l’éradication définitive de ce phénomène ?
Sur l´esclavage, tout le monde sait le travail de titan fait par notre mouvement pour sensibiliser et mobiliser l´opinion contre  cette pratique et dans notre pays  et à l´exterieur. Il n´est pas  superflu de rappeler peut-être, que les FLAM ont été la première Organisation à prendre en charge la question de l'esclavage, quand bon nombre de leaders Haratins rasaient les murs après le procès de Rosso, s'ils ne flirtaient avec le Pouvoir. Sans visée opportuniste ou électoraliste aucune, nous avons fait nôtre la lutte pour la libération des abid, fidèles en cela à nos positions de principe. Si du reste cette question connaît un certain retentissement aujourd'hui, c'est bien d'abord grâce à l'action continue des FLAM sur la scène internationale. Qui ne se souvient pas du tract de l´UDM du 10 mars 1980, le premier noyau des Flam, en signe de solidarité avec les leaders d´El hor alors emprisonnés ? Aux Etats-unis, nous nous sommes attelés à faire connaitre cette question auprès des sénateurs et associations abolitionnistes, à travers les grandes chaines de TV  comme CNN et BBC qui ont fait des reportages sur cette question, les grands quotidiens comme New york timesWasinghton post, pour ne citer que les plus célébres ; à travers également le livre de notre camarade et frère feu Samuel Cotton "Terreur silencieuse" que nous avons envoyé en Mauritanie ; dont le film et le  livre avaient suscité une pittoresque levée de boucliers à l´époque dans la presse mauritanienne. Le film "Né esclave" de la suédoise Helene Aastrup avec la collaboration d´Amnesty international. Beaucoup d´autres publications que je ne peux énumerer ici pour contrainte d´espace et de temps. Nous avons invité pendant certaines de nos journées ou colloques notre ami Ould Ciré de l´Association des Haratine de Mauritanie en Europe à Paris et nous lui avons même donné la parole dans notre site pour faire connaitre son association et son combat juste. Nous avons aussi  invité notre frère et ami Boubacar Messaoud de SOS-Esclaves sur Flamnet pour exposer et débattre à coeur ouvert sur cette question. Nous avons mis nos contacts au service de certains militants Haratine pour faire connaitre ce problème. Aujourd´hui, c´est facile de défendre cette question et ce problème du racisme d´Etat en Mauritanie parce que les Flam ont fait l´essentiel avant tous les autres. Je souris quand j´entends certains militants parler du doute chez des Flam sur ces questions; C’est peut –être  soit parce qu'ils ignorent l´histoire des Flam, soit parce qu´ils sont sont mal informés. Je dirais même que cela frise la méconnaisance de nos principes et de notre engagement, notre flamme est plus que jamais éblouissante.
8-   A.H.M.E : Que pensez-vous  de l’Association des Haratine de Mauritanie  en Europe  (A.H.M.E),  créée en 2001, qui se bat sans relâche pour informer l’opinion nationale et internationale sur les réalités des pratiques esclavagistes en Mauritanie ?
L´AHME est une nécessité et surtout un mouvement qui est venu au bon moment. J´ai beaucoup du respect et d´admiration pour ses responsables qui sont des grands amis et compagnons de lutte. J´ai connu le doyen Ould Ciré au Sénégal après ses démelés avec les autorités mauritaniennes; il est toujours resté le même, constant dans son engagement. Dicko Hanoune n´est plus à présenter aux flamnautes, il est un des plus réguliers animateurs de notre forum avec la même passion pour la justice et la liberté, c´est un militant décomplexé et convaincu. Ce que j´aime surtout chez vous, c´est la libération intellectuelle de vos dirigeants et leur volonté de rupture avec les chaines de servitude.
9- A.H.M.E  : Votre  dernier  mot aux lecteurs du site 
Mon dernier mot va d´abord aux militantes et militants des Flam pour leur fidelité et dévouement à notre organisation. Après plus de 27 ans d´existence et plus de 23 ans d´exil pour beaucoup d´entre nous, c´est l´occasion de saluer leur constanceet surtout leur  résistance à toutes les compromissions et trahisons, à tous les coups bas et autres tentatives de distraction, de discrédit et d´infiltration; nous leur disons seulement qu´ils doivent continuer dans cette lancée  car la victoire est au bout de l´effort, et que seule la vérité est révolutionnaire comme disait l´autre. Rien ne va ébranler nos convictions et nous avons montré que nous sommes des hommes de conviction et de foi.
J´en profite pour rendre un hommage particulier et mérité aussi à nos ainés membres-fondateurs des Flam qui n´ont jamais vacillé dans ce long chemin vers la liberté. Je pense au camarade Samba Thiam Président des Flam, avec qui j´ai partagé des moments de douleur et de bonheur dans cette lutte, un homme intégre, humble, visionnaire, un leader exceptionnel doté de grandes qualités intellectuelles et politiques, surtout de courage. Je pense aux grands combattants que sont Ba Mamadou Sidi qui m´a beaucoup appris dans cette lutte, Sall Ibrahima Abou un homme de conviction et surtout un intellectuel honnête, Ba Pathé dit Idrissa à l´engagement désintéressé, Kamara Abdoul Ghoudouss qui symbolise pour moi la sagesse et le dévouement, Habsa Banor, l´amazone, une militante exceptionnelle sur tous les plans, Boye Alassane la constance; je pense aussi au doyen, le devoué Abdoulaye Boun Malick Sy  et Ibra Mifo Sow mon oncle qui a guidé mes premiers pas dans la politique et constitue surtout une référence politique et morale pour moi. Ils sont des exemples de courage et de fidelité pour nous jeunes générations des FLAM et la Mauritanie de demain devra retenir leurs noms comme ceux de tous ces camarades martyrs tombés au champs d´honneur, dans les geôles du tyran.
 En tout cas je suis un militant fier et je ne cesserai jamais de remercier Dieu de m´avoir conduit dès mon jeune âge dans ce grand mouvement de liberation, qui a fait et qui continuera de  faire l´histoire de la Mauritanie.
 Nous sommes dans un tournant historique de notre lutte et les militants doivent se mobiliser davantage pour faire triompher nos idéaux et atteindre l´objectif qui est la fin du racisme d´Etat et de l´esclavage en Mauritanie, en vue de fonder une Mauritanie réellement démocratique et réconciliée. Une Mauritanie où le fait d´être arabe, noir ou haratine ne serait ipso-facto une condition rhédibitoire.
Je ne peux finir cette interview sans avoir une pensée militante pour notre ami Hanevy Ould Dehah du site Taqadoumy victime du complot, de l´arbitraire et de l´injustice. Comme je le disais tout recemment dans ma page Facebook avec cette condamnation nous pouvons dire que tous les mauritaniens sont en liberté provisoire et que chacun de nous peut se retrouver en prison sans aucune raison valable. J´apporte encore une fois notre soutien et solidarité aux amis et confrères de Taqadoumy.
Enfin pour finir j´en appelle à l´unité des opprimés, les damnés de la Mauritanie car il faut se surpasser pour outrepasser l´impasse. La lutte doit continuer plus que jamais.

Février 2010

ARCHIVES: Mouhamadou Kaaw Touré, un combattant de la liberté parmi nous!

Derrière le sourire permanent de ce combattant de la liberté se dessinent les souffrances de l´exil, de la torture, de la prison et de la solitude. La vie de Mouhamadou ou Kaaw Touré pour les intimes est toute une histoire. Histoire d´amour pour la liberté mais surtout l´amour pour son pays et son peuple. Kaaw a passé la moitié de sa vie en exil entre le Sénégal et la Suède.

 Conscience politique précoce


C´est en decembre 1987 que KaawTouré, pourchassé par les autorités mauritaniennes, quitte Djeol, son village natal situé dans le Sud de la Mauritanie en Afrique de l´Ouest pour rejoindre Dakar la capitale du Sénégal voisin. Exil provoqué par la repression de son mouvement, certes, mais surtout par l´ardent désir de continuer une lutte engagée dès l´âge de 15 ans. Conscience politique précoce donc, qui dès les années du collége et lycée est venue troubler une trop courte période résérvée à la naïveté de l´adolescence:"Le milieu dans lequel j´étais et grandi m´a très tôt influencé, dit-il. Ensuite, il y a la situation politique du pays.Tu ne peux pas rester insensible à ce que tu subis au quotidien si tu as un minimum de dignité. Les provocations, la discrimination envers les Noirs à l´école, dans l´administration, dans l´armée, dans la rue, partout".

Militant du Mouvement des Eléves et Etudiants Noirs, il participe à l´organisation de manifestations culturelles, à la mise en place de conférences en présence d´intellectuels descendant de la capitale et à la publication d´un journal scolaire. C´est en mars 1983, date de la création des FLAM, que le discours politique de Kaaw et de ses camarades prend une autre envergure. Fusion de plusieurs mouvements politiques, dont celui des étudiants et des éléves, anti-raciste et anti-esclavagiste par essence, les Forces de libération africaines de Mauritanie FLAM se veulent d'être une organisation non ethnique et non raciale dont l´objectif est d´éradiquer toute forme d´oppression et de discrimination en Mauritanie. Le manifeste du négro-mauritanien opprimé publié en 1986 sonnera le point de départ de cette nouvelle donne:"Nous avions fait une analyse en montrant chiffres à l´appui les caracteristiques et les manifestations de la discrimination dans tous les secteurs de l'Etat" . Coup d´envoi d´une prise de conscience politique mais aussi début de la clandestinité. Du 4 septembre 1986 jusqu´au début de janvier 1987, une centaine de militants , d´intellectuels et d´étudiants sont arrêtés. Kaaw en faisait partie. Il avait à peine 19 ans. Kaaw se souvient comme si c´était hier de son arrestation. Il revoit encore la dizaine de gendarmes et gardes venus encercler leur maison, la frayeur dans le regard de sa mère et la dernière priére du matin juste avant de se faire passer les menottes comme un criminel dit kaaw.

La prison et tortures
Il se souvient également de la torture, "du supplice du jaguar" et de cette matraque qui s´abattait sur les plantes de ses pieds quand, immobilisé par des barres de fer, recroquevillé sur lui même et retourné la tête en bas, le sang lui giclait des yeux. Pendant une semaine d´interrogatoire : "ils voulaient que l´on avoue avoir porté atteinte à la sûreté de l´Etat et être membres d´une organisation terroriste. Nous étions enfermés dans le noir. A plusieurs dizaines dans une petite cellule. Sans aucun sanitaire, sans aucune fénétre. On manquait d´air. A la limite on était content de se faire interroger dans la salle de torture parce que l´on pouvait voir la lumiére du jour et respirer un peu". Suivront un mois de détention et un simulacre de procés sans avocats. "parfois nos geôliers versaient du sable dans nos repas ou de l´eau pour dire que nous n´etions que des sales négres et esclaves".

Les plus influents prirent quatre, cinq ans voire plus avant d´être transférés plus tard dans l´enfer de Oualata. Cet ancien fort colonial devenu prison-sanctuaire, trônant au milieu du désért où le climat, les travaux forcés et les constantes brimades des gardiens viennent à bout des convictions les plus coriaces. Quelques noms Djigo Tafsir ancien ministre, Ten Youssouf Guéye, ancien ambassadeur de Mauritanie à L´ONU y ont laissé la vie. Bénéficiant de son jeune âge, cette épreuve a été épargné à Kaaw le plus jeune prisonnier politique mauritanien à l´époque. Pour lui , ce sera la prison civile de Kaédi dans le Sud pour 6 mois fermes. Mais il lui en fallait beaucoup plus pour renoncer, car dès sa sortie il remet ca en dirigeant des nouvelles manifestations contre l´exécution de 3 officiers noirs en décembre 1987. De nouveau recherché, il s´enfuit à temps cette fois, et se rend au Sénégal, son oncle maternel qui était son correspondant à Kaëdi sera arrêté et pris en otage pendant un mois avant qu´ il ne soit liberé plus tard: " je me suis rendu compte que la lutte pouvait être aussi plus efficace à l´extérieur du pays même si je ne voulais pas quitter mon pays, laisser ma famille, mes amis mais il le fallait parce qu´en prison on ne pouvait pas déranger le régime".

Exil au Sénégal
Il rejoint ses camarades qui avaient échappé à la représsion de 1986 et continue avec eux la lutte et à mobiliser autour de l´apartheïd mauritanien. Présentes en Afrique, aux Etats-Unis, en France et même en Scandinavie, les FLAM en un peu de temps ont réussi à cristalliser l´opinion internationale sur les questions des droits de l´homme en Mauritanie. Human rights watch, Amnesty international, la FIDH et autres organisations humanitaires suivent la cause à la loupe et la Mauritanie était sur le banc des accusés dans tous les rapports des organisations des droits humains. Et Kaaw et ses camarades arrivent depuis Dakar, à plaider efficacement la cause à l´étranger. A Dakar, certains partis politiques leur ont fait part leur soutien et les invitent à leurs différentes manifestations et congrés. Mais diplomatie oblige, les manifestations, les colloques et les interventions de Kaaw dans les médias nationaux et internationaux sont ponctués de discrets mais fermes rappels à l´ordre des autorités sénégalaises c´est ainsi en juillet 1999 après avoir echappé de justesse à une extradition et au kidnapping, grâce à l´intervention des autorités des Nations unies(HCR) Kaaw obtient l´asile politique en Suède. Les Etats-Unis et la Suède lui offrent l´asile mais pour des raisons stratégiques et politiques Kaaw Choisit la destination de notre pays : " Aux Etats-unis nous avions déjà làbas des militants et qui mobilisaient bien l´opinion américaine à travers un réseau d´amis il nous fallait aussi des représentants dans les pays du Nord pour faire connaitre notre cause dans cette partie de l´Europe" explique le porte-parole des FLAM.

Deuxième exilTout n´était pas facile au début pour lui, la langue, la culture et le climat, tout était différent mais c´est dans l´épreuve que retrouve le grand miltant ses forces et sa détérmination ainsi donc il commence ses contacts politiques et avec le soutien de la Fondation du premier ministre Olof Palm qui organise des rencontres avec les partis politiques, les associations des droits humains, des membres de la société civile, la presse nationale, Kaaw intégre le milieu politique suédois. Très chaleureux et au contact facile le message passe vite et Kaaw noue des contacts avec la classe politique et la société civile. Des tournées, des exposés et des conférences sur la Mauritanie sont organisées dans les lycées, colléges et universités pour attirer l´opinion sur le racisme et l´esclavage en Mauritanie. C´est dans cette campagne qu´il rencontre la réalisatrice Helen Aastrup qui voulait faire un film documentaire sur lui, qu´il arrivera à convaincre de voyager en Mauritanie pour faire un film sur l´esclavage dans ce pays. Avec des amis flamistes exilés au Danmark ils préparent ce voyage en donnant toute la littérature sur l´esclavage en Mauritanie et les contacts de SOS-Esclaves une organisation mauritanienne qui lutte pour la libération et l´émancipation des esclaves. Ce travail donnera le film "NÉ ESCLAVE", qui verra jour avec l´appui d´ Amnesty international. Ce film sera projeté dans plusieurs pays et fera objet des débats houleux aux USA et en Europe entre les partisans et les adversaires du régime déchu. Parallélement il crée un site internet FLAMNET pour son organisation, des informations et des débats sur la Mauritanie y sont livrés et le forum devient le répére et le lieu d´échange de tous les exilés politiques mauritaniens."Le site me prend tout mon temps, je me reveille à 6 heures du matin et me couche à 1heure ou 2 heures parfois pour me permettre de modérer les messages, heureusement qu´avec mon ordinateur portable ou avec mon téléphone mobil je peux me connecter à tout temps et à tout lieu sur le site". Ce qui fait l´exception du forum flamnet c´est qu´il compte parmi ses abonnés des chercheurs, des journalistes, des diplomates, des hommes politiques, des jeunes mauritaniens avertis et d´autres militants panafricanistes et des droits humains dans le monde. Le site compte des milliers de visiteurs par jour sans compter les 800 abonnés du forum qui recoivent les messages du forum directement dans leurs boites électroniques au quotidien.

L´espoir
En aout 2005 l´ancien dicateur est renversé par ses anciens lieutenants mais Kaaw et ses amis flamistes ne sont pas convaincus de la volonté réelle du changement de l´ancien directeur de la sûreté de la Mauritanie qui dirige la nouvelle junte. Les FLAM décident de se mettre en marge du processus de la transition pour voir plus clair sur les vraies intentions du nouveau régime. Acculé´par l´opinion internationale la junte au pouvoir organise des eléctions après 2 ans de "gestion calamiteuse et de détournements des deniers publics" dira Kaaw Touré. Le Seul actif de la junte qu´on peut juger positif c´est l´organisation des élections mais tout le reste est nul, le chef du CMJD était arrogrant et méprisait les victimes du régime raciste, ils partent en laissant les caisses de l´état complétement vides". Un nouveau président est élu sans contestation. "Nous ne pouvons être plus royalistes que le roi si les candidats eux-mêmes ont reconnu leur défaite et la transparence des élections nous ne pouvons que prendre acte". Aujourd´hui Kaaw et beaucoup de ses amis restent optimistes à l avenir mais toujours prudents parce que comme il dit en politique il ne faut jamais faire confiance en personne. "Nous sommes le seul mouvement politique qui n´a jamais collaboré de près ou de loin avec le système, tout ce qui nous intéresse c´est la justice, ni les strapontins ni les honneurs ne sont nos préoccupations" dira t-il avec un ton très sérieux. Il voit l´avenir des FLAM avec optimisme au pays même s´il faut s´attendre à tous les coups parce que les "FLAM dérangent aussi bien le système que certains partis de l´opposition" c´est pourquoi il faut préparer le retour sans précipitation et "mettre tous les moyens et atouts de notre côté, la bataille sera rude il ne faut pas se faire d´illusions". Kaaw a beaucoup de projets en tête pour son mouvement, " en plus du site internet il nous faut un journal régulier, une radio et pourquoi pas une TV? Il faut conscientiser notre peuple et contrer la campagne de nos adversaires, la bataille de communication est très importante dans cette lutte."

Le mal du paysA quand le retour de Kaaw et des FLAM au pays? "le mouvement vient d´organiser des débats dans nos différentes structures de base et au sein du Bureau national nous allons envoyer ces conclusions au Conseil national qui va faire la synthèse de nos réflexions et c´est après seulement que je saurai la date exacte de notre retour ou de notre nouvelle orientation, je suis un militant discipliné et je n´attends que les décisions de nos instances pour me prononcer". Mais le pays lui manque beaucoup et il regrette déjà de ne pouvoir revoir certains parents, amis et proches qui ont quitté ce monde et qu´il ne pourra plus revoir "mais la première chose que je ferais une fois rentré au pays c´est d´aller me recueillir sur leurs tombes". Le retour au pays c´est aussi les retrouvailles avec la famille et des amis d´enfance qu´il n´a pas vu depuis des décennies et surtout il évoque avec nostalgie son village natal qu´il parle avec amour et passion.

Le retour au pays natal est le souhait de chaque exilé dira t-il mais la Suède est devenue sa seconde patrie où il compte beaucoup d´amis et des camarades, un pays qui l´a accueilli et adopté lorsqu´il fut rejeté par son propre pays , la séparation sera difficile parce que le coeur est déjà partagé. "ne pas pouvoir voir son pays , est ce qu´il y a de pire pour un homme mais tant qu´il y a vie il y a toujours espoir", déclare-t-il et Kaaw nous dit avec fierté qu´il ne regrette rien de son parcours militant et s´il faut tenir encore des années ou donner sa vie pour cette cause il le fera avec plaisir. Son souhait le plus ardent est de voir un jour les fils de son pays reconciliés, arabes et négro-africains vivre en harmonie et en paix dans la justice et l´égalité. Tout est possible il suffit seulement de la volonté politique parce que les deux communautés ont beaucoup en commun et surtout cette diversité culturelle qui devait faire sa fierté. En attendant que ce rêve se réalise Kaaw nous dit avec un coup de poignée levé, la lutte doit continuer.


A. Carringhton et J. Andersson.
 TAQADOUMY
SOURCE:  Le Baromètre -(quotidien suédois).

fredag 14 november 2014

PARTAGE DE LECTURE:LES VÉRITÉS AMÈRES DE Galo Demmba Soh :

" Je pense très franchement qu'on est entrain de glisser inexorablement vers les fonds des abîmes (Nous Mauritaniens et noirs Mauritaniens en particuliers) avec cette question de "féodaux-esclavagistes" et que sais-je encore ?? Vouloir par tous les moyens mettre en avant cette question au détriment de la question nationale à savoir le racisme d'état et la cohabitation entre les différentes composantes nationales est un faux débat inopportun et qui ne peut que desservir la vraie cause pour laquelle des milliers d'hommes ont payé de leur vie .
Esclaves il y en a eu et il y en aura encore et toujours tant que les hommes continueront d'exister il faudra le combattre certes afin que tout un chacun recouvre sa dignité et sa liberté mais taper sur les générations passées en insultant leurs descendances et les rendant de facto responsables de tous les maux , tares et péchés de la société actuelle est tout simplement une idiotie et un manque de lucidité intellectuelle .
A ce que je sache on ne peut rien contre l'histoire et on ne choisi pas non plus la tracée qu'elle emprunte et quelle qu'en était notre histoire nous devons l'assumer fut elle moins glorieuse car il ne sert a rien de roter et de rendre les autres responsable de ses malheurs!"

De l´origine sociale, dites-vous?

Lorsque le régime ethno-raciste tuait nos camarades à Oualata, à Jreïda, à Nbeyka, à Inal, à Azlat et terrorisait nos populations dans la vallée il n´en avait cure de nos origines sociales. Lorsque le régime ethno-génocidaire déportait nos familles, expropriait nos terres de culture, nous pourchassait vers l´exil il s´en souciait mal de nos origines sociales. Si certains veulent aujourd´hui prendre des vessies pour des lanternes c´est leur droit mais de grâce ne vous trompez pas d´adversaire et de cible. La lutte continue!

DEVOIR DE MÉMOIRE ET REFUS DE L´OUBLI: NOVEMBRE DES HORREURS!

 En septembre 1990, sous prétexte de sympathie aux idées des FLAM et une fois de plus d´un complot qui n´a jamais été prouvé, dont aucune preuve matérielle n´a été trouvée et à la faveur de la guerre du Golfe qui a polarisé l´attention de la communauté internationale, plusieurs milliers (3000) de Négro-mauritaniens ont été arrêtés à Nouakchott la capitale, à Nouadhibou la capitale économique, à Aleg au centre, à Néma à l´Est, à Rosso au Sud. Il s´agissait de militaires, soldats et sous-officiers en majorité et des fonctionnaires civils. Frappés, injuriés, les détenus sont ligotés et jettés dans des véhicules pour être transportés dans les camps d´Inal, Azlat, Jreïda, Nbeyka véritables camps de la mort et d´humiliaions dignes de goulags staliniens, des camps de concentration Nazis d´ailleurs les suppliciés étaient de "sales juifs"; l´antisémitisme délirant de ces géôliers en fait des émules d´Hitler et autres Saddham Husein.
Pour le régime de Nouakchott, c´était la solution finale à l´égard des Noirs, particulièrement vis à vis des Peulhs. L´Etat mauritanien se faisait meurtrier des populations civiles et de militaires tous innoncents. "Le complot noir" aura été le thème central de la propagande raciste. 1990 n´aura été que la continuation logique des évènements 1986-1989. De septembre 1990 à février 1991, plus de 500 militaires et civils négro-africains mourront dans d´effroyables conditions. Dans la seule nuit du 27 au 28 novembre comme si dans le 28 novembre fête de l´indépendance, il fallait faire offrandre à l´Etat chauvin de cadavres de négro-mauritaniens, 28 militaires sont pendus. Ils étaient marins, soldats. Des citoyens qui n´avaient commis aucun crime, pas même le moindre délit. Ils étaient Négro-africains et c´était suffisant, comme crime aux yeux du Colonel Ould Taya et de ses acolytes. On en pendit 28 ni plus ni moins. Et quand le dernier pendu cessa à gigoter au bout de sa corde, on reconduisit les autres dans leurs cellules. Vingt huit pendus, c´était le bon chiffre à la gloire de la divinité Indépendance et pour rassasier les démons de l´intolérance et de la haine.
NON À L´OUBLI ET NON À L´IMPUNITÉ!
LLC!

TEMOIGNAGE: L´ENFER D´INAL:L´HORREUR DES CAMPS RACONTÉE

Entre deux pendaisons, Khattra s'assoit sur un cadavre pour siroter son verrre de thé ou au pied d'un pendu en récitant le coran. Il va d'un pendu à l'autre, achevant ceux qui tardent à mourir à coups de barre de fer, s'appliquant à porter les coups dans la région du cou. Pendant ce temps Souleymane et les autres préparent les prochaines victimes tout en veillant à respecter l'ordre des numéros.
Quand arrive le tour du numéro onze, Diallo Sileye Beye ne peut s'empêcher de pousser un cri. Il recoit un violent coup de pied pour avoir osé perturber le déroulement de la cérémonie. Ses yeux ne se détachent plus de cet homme à qui on est en train de passer la corde au cou. Cet homme qui n'est autre que son petit frère, le matelot Diallo Abdoul Beye, qui cessera d'exister dans moins de trois minutes et que plus jamais il ne reverra. Abdoul Beye ne proteste même pas, il est hissé au bout de la corde sous le regard ahuri de son frère. Il n'ya pas de mots pour exprimer la douleur de Diallo Silèye Beye.
Quand arrive le tour de Diallo Oumar Demba et son frère le soldat Diallo Ibrahima Demba (le hasard a voulu qu'ils soient,tous les deux séléctionnés pour les pendaisons et que leurs numéros se suivent, ils ont toujours tenu à rester ensemble), chacun d'eux, ne voulant pas assister à la mort de l'autre, demande à passer en premier. Un tirage au sort organisé par les bourreaux les départage, Ibrahima Demba l'ainé, passe le premier. Le soldat de première classe, Ndiaye Samba Oumar, le chauffeur qui conduisait le véhicule le jour de mon arrstation, fait partie du lot. Le deuxième classe Samba Demba Coulibaly de Djeol, un soldat de mon escadron, qui porte le numéro 28 ferme cette macabre liste.
Les pendaisons durent plus d´une heure. Après cela, tel des bêtes excités par l´odeur du sang, le groupe de bourreaux, pris d´une euphorie collective, s´acharne sur les autres prisonniers et tape sur tout ce qui bouge. Conséquences de cette folie collective, cinq morts supplémentaires. Parmi eux, le soldat de première classe Ly Mamadou Ousmane, le seul spécialiste de l´arme antiaérienne de calibre 14,5mm de toute la région militaire.(...)
La démence a été poussée jusqu´à symboliser la date du trentième anniversaire du pays par 28 pendaisons. Vingt -huit vies humaines sacrifiées sur l´autel de la bêtise humaine. Plus jamais 28 novembre n´aura la même signification pour les Mauritaniens. Quand certains sortiront dans les rues des villes ou dans les campagnes brandissant fièrement les couleurs nationales sous les youyous des mauritaniens, pour d´autres, ce sera un jour de deuil et de recueillement à la mémoire de ces 28 militaires pendus.
Mahamadou SY ( Extrait- L´ENFER D´INAL)-Ed-L´harmattan)

L´HOMMAGE D´UN AMI ET COMPATRIOTE, UN CADEAU D´ANNIVERSAIRE!

"Mon ami Mouhamadou Kaaw Toure est l'exemple du militant sincère, intègre, et fidèle à sa cause. C'est un citoyen de la liberté, solidaire des causes justes. Il a connu la prison, et l'exil pendant plus d'un quart de siècle loin de ceux qu'il aime, et qui l'aiment, mais au lieu de fléchir comme un arc, il s'en est sorti poli et lisse comme un roc, la tête haute, et les pieds encrés dans ses convictions politiques, et ses principes moraux, le tout résumé en trois lettres: LLC!
D.D.
Dedah Dayem"

ARRESTATIONS EN MAURITANIE: DÉCLARATION DE PRESSE DES FPC.

Alors qu'ils organisaient une caravane pour dénoncer le racisme d´État et l´esclavage foncier des militants des organisations des droits humains initiatrices de la marche ont été arrêtés et détenus à la gendarmerie de Rosso, dans le Sud de la Mauritanie. Cette nouvelle agression contre des militants des droits humains membres de la société civile traduit la surenchère répressive d'un régime aux abois, qui tente désespérément de protéger les discriminations sociales et raciales d'où il tire sa seule raison d'être. Cette dangereuse aventure est inéluctablement vouée à l'échec car aucune force illégitime ne saurait contenir indéfiniment les aspirations légitimes des peuples à la liberté et à l'égalité.

Les Forces Progressistes du Changement (FPC), mouvement en lutte contre le racisme d’Etat et l´esclavage en Mauritanie,

- condamnent avec force cette répression honteuse, qui confirme cette politique de deux poids, deux mesures du régime face aux composantes nationales.

- exigent la libération immédiate et sans condition des militants détenus .

- réaffirment leur résolution à  combattre  l'esclavage et les politiques à caractère  racistes  de  concert avec toutes les forces de progrès de notre pays.

La lutte continue!

Nouakchott le 14 novembre 2014.
Le Département de la Communication
www.flamnet.info

BILBASSI

Bilbassi, sables blancs devenus rouges du sang des Héros. Des méandres du Yejja et des soirs de Diowol où les arbres Gawduule n´auront pas l´honneur de changer la couleur de Fuybotaako.

fredag 12 september 2014

L´équation FLAM= ethno-chauvins Nasséro-baathistes peut-elle s´écrire?

Depuis la tenue du dernier congrès des FLAM, les partisans du statu-quo, et certains plumitifs en mal de "refoulement" ressortent la grosse batterie de la "solution finale" contre les FLAM devenues FPC(Forces progressistes pour le changement). Des attaques repétées, haineuses, mal fondées et pour tout dire foncièrement malveillantes. Plus c´est gros, plus ça passe et ça casse! Hélas, cela ne fait plus d´effet dans l´état actuel des choses.
La motivation cynique de ces illuminés de "l´arabité de la Mauritanie" et de la fumeuse rhétorique baathisto-nassériste s´explique, mais qu´ils comprennent leur but est voué d´avance à l´échec, car comme le dit bien un proverbe du Fouta natal "ko mahaani hoore fusataa ngaandi".


Leur mission: diabolisation des FLAM! En les colorant d´une couleur qui n´existe que dans leur structure de conscience, traduisant leur paradigme qui est celui de l´idéologie raciste, exclusiviste et haineuse. L´opinion publique mauritanienne a suffisamment fait justice de certaines accusations absurdes, erronées, pour que nous n´ayons plus besoin de revenir sur certaines de ces inepties. Ceux qui confondent l´effet et la cause ont encore un recyclage philosophique à rattraper chez leurs maitres de Bagdad. Mais peut-on seulement nous expliquer les causes de la déportation massive des seuls négro-africains hors du pays en 1989, de l´extermination des centaines d´autres dans des casernes et dans la vallée?
Revenons sur ce cette propagande mensongère véhiculée par nos adversaires politiques tendant à présenter les FLAM comme une version Négro-africaine du Ba´athisme ou du Nasserisme(Nationalistes arabes).

De ce grossier postulat, les porte-faix du Système et autres tristes guignols de la même écurie semblent se decouvrir une nouvelle sordide besogne, une croisade contre les FLAM qui " doivent-être vomi (e)s" au même titre que les déporteurs, les tortionnaires, les geôliers et autres idéologues de l´exclusion et du racisme d´Etat. Quelle injustice!

 Il n´est pas besoin d´une longue dissertation pour montrer que cette assertion relève de l´amalgame et d´une volonté manifeste de jeter le discrédit sur les FLAM à des fins que le monde imagine. Sans nous étendre, rappelons que notre projet de société se fonde sur le caractère multinational de la Mauritanie où Arabes et Négro-africains auraient les mêmes droits, où le fait d´être arabe, noir, haratine, Zenaga ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. Ce qui est en porte-à-faux avec l´idéologie des nationalistes arabes qui dénie aux Négro-africains tout droit et veut construire une Mauritanie exclusivement arabe. Les thèses des nationalistes arabes ne constituent point un secret, elles ont été accompagnées par des actes ignobles à l´encontre de la communauté négro-africaine.
De la même façon que l´Irak de Sadolf Hitsein se battait contre les kurdes et les perses pour garantir l´arabité du flanc Est de la grande nation arabe, la Mauritanie doit, sur le flanc Ouest, chasser les Négro-africains pour préserver la pureté de la nation arabe. Cette théorie aboutit à la conclusion péremptoire selon laquelle tout ce qui n´est pas Maure ou beydane n´est pas mauritanien. Elle s´appuie également sur des arguments historiques fabriqués qui consacrent l´antériorité des arabes en Mauritanie. Donc, tout bonnement, les Négro-mauritaniens sont des "descendants d´anciens footballeurs ou des tirailleurs Sénégalais ou des africains de l´Ouest venus envahir et polluer la pureté de la race arabe" (thèses defendues par un certain El Wafi sur El Jazeera et Bredeleil lors de leur procés de 1988 et par Ould Taya dans Jeune Afrique en 1990 pendant le conflit sénégalo-mauritanien ).



 L´attitude des nationalistes arabes envers la communauté négro-africaine est en réalité une attitude de rejet, de négation et d´exclusion à tous les niveaux. C´est l´ancrage de ces convictions diaboliques jusque dans les hautes sphères du pouvoir qui a conduit le régime satanique de Taya à écarter les noirs de la vie publique, à les assassiner massivement, à déporter des dizaines de milliers de nationaux noirs au Sénégal et au Mali. Ce raisonnement simpliste basé sur une attitude de négation des Négro-africains constitue l´essence de l´orientation du nationalisme arabe en Mauritanie au niveau politique, économique et culturel du pays. Dès lors, il est tout a fait justifié de qualifier les Baathistes et les Nasseriens de racistes, particularistes, extrémistes, nationalistes étroits, parce qu'ils cultivent une doctrine prônant l´exclusion pure et simple des Négro-africains de la Mauritanie. Les FLAM ont-elles une attitude semblable par rapport aux Beydanes ?

A prendre pour référence, la production idéologique des FLAM, du Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé de 1986, aux programmes et orientation politique du Mouvement en passant par le Livre Blanc de 1990, le Mémorandum des FLAM de 2000, La Plate-forme pour une Mauritanie réconciliée de 2007, on ne trouve nulle part une théorie de "la grande nation Négro-africaine dont la Mauritanie constitue le flanc ouest qu´il convient de préserver de l´invasion des arabes venus de l´orient". Nulle part on ne trouve dans les documents des FLAM, que "devant l´intolérable invasion des arabes la solution consiste à les chasser de la Mauritanie, pour préserver la souillure arabe afin de bâtir une nation négro-africaine avec un pouvoir exclusivement noir ancré dans le monde Négro-africain." Si les FLAM avaient une telle attitude de rejet et d´exclusion de la composante arabe du pays, à ce moment il serait légitime scientifiquement de les qualifier "d´étroits, d´extrémistes, de racistes" parce que s´appuyant sur une doctrine prônant l´appartenance exclusive de la Mauritanie aux Négro-Africains.

Que disent les F.L.A.M ?

LES FLAM ont toujours reconnu EXPLICITEMENT le caractère biracial et multinational de la Mauritanie ainsi que le droit de toutes les composantes culturelles du pays à vivre et à s´épanouir pleinement en Mauritanie. Les FLAM sont fondamentalement attachées à la vocation naturelle de la Mauritanie qui est celle d´être un trait d´union entre le monde Négro- africain et le monde Arabo- berbère. Ce que les F.L.A.M dénoncent et combattent, c´est justement le constat de la trahison de cette vocation naturelle par l´option de l´arabité exclusive de la Mauritanie (qui ne dérange pas apparemment certains) adoptée par la classe dirigeante Beydane depuis les indépendances jusqu´à nos jours. Cette option exclusiviste a mis en place des mécanismes dont l´effet conjugué aboutit inexorablement à l´exclusion de la composante noire du pays. Ce sont ces mécanismes à l´oeuvre au niveau de l´éducation, de l´économie , de l´administration, de l´armée et de la politique extérieure et intérieure et de la justice que les FLAM dénoncent sans complaisance dans le Manifeste de 1986 par des données empiriques avec des statistiques à l´appui.

La communauté Négro-mauritanienne, tout en partageant le lot quotidien d'injustices sociales et économiques avec la communauté beydane, n'en demeure pas moins violentée dans ce qu'elle a de plus cher: sa culture, son identité.
Depuis des décennies en effet, la communauté Négro-africaine est victime d'une violence plus pernicieuse et subtile: c'est sa négation culturelle, le refus de la reconnaître comme porteuse de droits particuliers. Ce refus est le fait exclusif de l'État raciste, cet Etat n'a rien à voir avec la communauté Arabo-berbère et encore moins avec la communauté Noire. Le contrôle de cet État par certains éléments racistes et surtout l'absence de légitimité de celui-ci vis-à-vis de toutes les communautés nous obligent à opérer une séparation entre l'État raciste et la communauté beydane. D'ailleurs, cela fut toujours le cas depuis que les FLAM existent malgré notre diabolisation par le régime de Taya et ses valets auprès de nos compatriotes arabo-berbères.


Cette négation nous l'avons toujours combattu, nous la combattrons, c'est pour ce combat que sont tombés: BA SEYDOU AMADOU, SY SAIDOU DAOUDA, SARR AMADOU mais aussi tous ceux qui sont morts dans les conditions les plus atroces pendant leur incarcération: BA ABDOUL GHOUDDOUSS, TENE YOUSSOUF GUEYE, DJIGGO TAPSIROU, BA ALASSANE OUMAR. D'autres sont infirmes pour le restant de leur vie. Et la lutte continue. Mais nous ne devons jamais faiblir, car il est des instants qui font l'histoire. Et nos camarades tombés ont fait à jamais l'histoire de la Mauritanie. Une autre Mauritanie est incontournable, il est honneur d'être dans le même camp qu'eux, le reste n'est que médiocrité. Nous ne devons cependant jamais oublier que nul ne peut détruire totalement cette violence dont nous - SONINKO, PULAAR, WOLOF, BAMANA, HARATINES, sommes victimes sans pour autant intégrer les autres violences que nous partageons avec nos compatriotes beydanes.

Notre seule particularité en tant que mouvement est de partir de la violence dont nous sommes l'objet, en tant qu'individus culturellement situés, pour dénoncer l'ensemble des violences subies par tout le peuple mauritanien: on ne peut vouloir être libre en niant l'autre. L'histoire de notre pays démontre que la cause et la responsabilité de la violence verbale et physique sont du seul fait de l'État raciste mauritanien. Jamais dans l´orientation des FLAM , il n´a été question de lutter pour une négro-africanité exclusive de la Mauritanie au détriment de la communauté arabo-berbère.

 A ce niveau de l´analyse, l´intégrité intellectuelle nous commande de renoncer à cette classification abusive qui met de facon mécanique dans le même sac les FLAM et les nationalistes arabes de Mauritanie (Baathistes et Nasseriens).
Cette attitude conceptuelle mécanique de nos adversaires politiques revêt à n´en pas douter une motivation cynique intéressante à appréhender.
 En effet, devant l´existence irréfutable de mouvements exclusivistes en milieu arabe (Nasseriens, Baathisme), il faut créer à tout prix un répondant en milieu négro-africain, le fabriquer vaille que vaille de toutes pièces pour faire "partager les responsabilités " entre les deux communautés de la crise, mais surtout pour apparaitre comme alternative équilibriste devant "deux"extrémismes. Dans cette attitude foncièrement malhonnête, nos adversaires politiques n´hésitent jamais à reprendre à leur compte les positions de la dictature sanglante de Nouakchott sur les FLAM: "mouvement raciste, extrémiste, terroriste" plutôt que de se baser sur le discours et les actions des FLAM, afin de les juger sur cette base objective. Et même sous cette optique, les rares fois qu´ils ont essayé de soumettre à la critique les documents des FLAM, ils s´en tiennent à des boutades crues sans aucune argumentation ou démonstration solide à la base.

Posons à nos procureurs la question de savoir en quoi un mouvement qui ne saurait prendre le Beydane anonyme et paisible comme cible, mais l´appareil d´Etat dans toutes ses manifestations est raciste ? Ce dont les FLAM sont coupables, c´est d´avoir osé toucher du doigt les pourritures de la nation mauritanienne à ce stade actuel de son évolution en projétant une lumière crue sur l´ensemble des mécanismes qui sont conçus, orientés et exécutés de manière à ce que le pays soit sous le contrôle effectif d´une nationalité racio-culturelle au détriment des autres. En politique comme ailleurs, les attitudes figées caractérisées par la transposition mécanique des théories d´ailleurs au détriment d´une prise en charge concréte des réalités empiriques de l´ici et du maintenant sont toujours sanctionnés par une grande impopularité dans les masses.

Ce sont les FLAM qui ont bel et bien impulsé le sursaut patriotique actuel des mauritaniens autour des véritables questions de l'unité nationale pour leur donner une solution durable et raisonnable. Cela l´histoire le retiendra.

Les FLAM ou les mouvements d´opposition Négro-africains(TPMN, AJD/MR, PLEJ, IRA...) n´ont pas à souhaiter le surgissement de problèmes raciaux ou ethniques en Mauritanie. C´est l´existence effective de ces problèmes qui explique leur naissance et leur combat. Mais Hélas! l´esprit biscornu des soldeurs du crime et partisans du système ne digére pas cette évidence. La lâcheté est ici sans commune mesure.

La logique de notre combat s´inscrit dans la ligne de mouvements de libération, loin des piètres politicards en mal d´exhibition.Tous ensemble, nous aurons encore à mener d'autres combats pour que l'égalite, la justice et la démocratie s'enracinent profondément dans notre pays.

Pour être le principal mouvement d'avant-garde de la lutte de libération nationale; Les FLAM ne méconnaissent pas pour autant la nécessité de l'unité d'action de l'ensemble des organisations politiques et de la société civile soucieuses de l'unité nationale et du règlement juste et équitable de la question nationale et sociale. Terminons avec Jaurès qui disait: "le péril est grand mais il n'est pas invincible, si nous gardons la clarté de l'esprit, la fermeté du vouloir, si nous avons à la fois, l´héroïsme de la patience et l´héroïsme de l'action, la vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir".

La lutte continue.

Kaaw Touré Porte-parole des FLAM


AINSI ÉCRIVAIT NOTRE REGRETTÉ DOYEN JEAN PIERRE NDIAYE SUR LA MAURITANIE PENDANT LES ANNÉES DE BRAISE

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