Il est des mémoires qui oublient, des consciences qui se taisent et des responsables qui voudraient que le temps efface leurs actes. Mais il est une chose que les victimes et les peuples meurtris ne doivent jamais accepter : l'amnésie organisée et l'impunité érigée en système.
Le commissaire de police Deddahi Ould Abdallahi, qui fut le Directeur général de la Sûreté sous le régime de Maaouiya Ould Taya, devrait pourtant se souvenir des années de braise et de leurs sinistres méthodes.
À un prisonnier flamiste, Pr Ibrahima Abou Sall, épuisé par les interrogatoires, privé de sommeil, harassé au point de ne plus pouvoir tenir debout, il lançait avec un cynisme glaçant :
« Vous devez vous tenir droit, respectueusement, devant le drapeau du pays qui vous a accueilli si généreusement : la Mauritanie ! »
Quelle arrogance ! Quelle violence symbolique ! Et quelle négation de l'histoire !
Ce que cet homme semblait oublier, c'est que le grand frère de ce militant fut l'un des fondateurs de la Mauritanie moderne et un ancien président de l'Assemblée nationale. Mais, dans l'imaginaire des théoriciens du système chauvin et raciste, il suffisait d'être Noir pour être considéré comme un étranger dans son propre pays.
Voilà toute l'aberration d'un système qui prétendait défendre la nation tout en contestant à une partie de ses citoyens jusqu'au droit d'y appartenir.
Et les témoignages rapportés sur les méthodes employées pour briser les résistances sont encore plus accablants.
Pour contraindre notre regretté professeur Seydou Kane à avouer, Deddahi fait arrêter son épouse, Aissata Kane, alors enceinte et proche de son terme, allant jusqu'à ordonner qu'elle soit torturée. Un ordre que ses subordonnés ont heureusement refusé d'exécuter.
Comme si cela ne suffisait pas, une autre de nos camarades, P.S, détenue et soumise à un interrogatoire, aurait été victime d'un viol commis par le commissaire Ould Nkerrany.
Ces faits et ces témoignages ne peuvent être ensevelis sous le poids du silence, ni effacés par les années, ni neutralisés par les fonctions jadis occupées par leurs auteurs présumés.
À ceux qui comptent sur l'usure du temps, opposons la force de la mémoire.
À ceux qui espèrent que les victimes disparaîtront sans avoir été entendues, opposons notre devoir de témoignage.
À ceux qui voudraient réécrire l'histoire, rappelons que la mémoire des suppliciés n'est pas une affaire de convenance politique. Elle est une exigence de vérité, de justice et de dignité humaine.
La Mauritanie ne pourra jamais construire un avenir véritablement démocratique sur le déni des crimes de son passé. Il ne peut y avoir de réconciliation durable sans vérité, ni de paix véritable sans justice.
Les victimes ne réclament pas la vengeance. Elles ont droit à la vérité, à la reconnaissance des souffrances endurées et à la justice.
NON À L'OUBLI !
NON À L'IMPUNITÉ !
JUSTICE POUR LES VICTIMES DES ANNÉES DE BRAISE !
LA MÉMOIRE EST UN COMBAT, LA VÉRITÉ EST UN DEVOIR ET LA JUSTICE N'EST PAS NÉGOCIABLE.
ET LA LUTTE CONTINUE !
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