torsdag 22 oktober 2026

DEVOIR DE MÉMOIRE: SANKARA ET NOTRE LUTTE EN MAURITANIE


Sankara et le Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé.

Il est des hommes dont le passage sur cette terre laisse une empreinte indélébile dans la mémoire des peuples. Des hommes dont le courage transcende les frontières, dont la parole résonne bien au-delà de leur pays et dont les combats, même après leur disparition, continuent d’éclairer le chemin des opprimés. Thomas Sankara était de ceux-là.
En 1986, lors du sommet du Mouvement des non-alignés à Harare, au Zimbabwe, il eut le courage d’interpeller le colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya sur le régime de discrimination raciale et les persécutions dont étaient victimes les Négro-Mauritaniens. Sankara avait reçu une copie du *Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé*, que notre mouvement lui avait remise. Ce document portait la voix d’un peuple meurtri, trop souvent condamné au silence, mais résolu à ne jamais renoncer à sa dignité.

À une époque où tant de dirigeants africains détournaient le regard devant les injustices qui défiguraient notre continent, Sankara eut le mérite de ne pas se taire. Il fut l’un des rares chefs d’État africains à manifester ouvertement sa préoccupation pour le sort des Négro-Mauritaniens. Avec d’autres dirigeants, notamment Omar Bongo et Robert Mugabe, il compta parmi ceux dont nous retenons qu’ils ne furent pas indifférents à notre cause.
Nous n’oublierons jamais cet homme qui avait fait de la dignité des peuples un principe de combat et de la justice une exigence politique. Pour nous, Sankara ne fut pas seulement le président révolutionnaire du Burkina Faso : il fut aussi une voix fraternelle, un compagnon de lutte par-delà les frontières, un homme qui nous rappela que la solidarité africaine ne saurait se réduire à de beaux discours, mais doit se traduire par le courage de regarder l’injustice en face et de la dénoncer.
Nous n’oublierons jamais notre héros.
La patrie ou la mort, nous vaincrons !
Mes pensées vont également à un autre homme de mémoire, un ami commun, mon grand frère — c’est ainsi que je l’appelais —, le regretté Sennen Andriamirado, le grand journaliste malgache de Jeune Afrique. C’est lui qui me fit découvrir Sankara avec la sensibilité et la profondeur de regard qui caractérisaient sa plume. Il consacra à notre héros un livre au titre sobre et puissant : *Il s’appelait Sankara*. Quelques mots seulement, mais toute une vie, toute une époque et toute une espérance qu’aucune disparition ne saurait effacer.
C’est encore ce même Sennen qui, à la suite de notre rencontre à Dakar, consacra un article retentissant au sort des réfugiés mauritaniens déportés au Sénégal après les tragiques événements d’avril 1989. Publié dans *Jeune Afrique – Économie*, numéro 219, en juin 1996, sous le titre provocateur « Les Palestiniens de l’Afrique de l’Ouest », cet article contribua à faire connaître bien au-delà de nos frontières le drame de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants arrachés à leur terre, à leurs foyers et à leurs repères.
Par cette formule saisissante, Sennen avait su mettre des mots sur une tragédie humaine que beaucoup préféraient ignorer. Il avait compris que l’exil n’est pas seulement une rupture géographique : c’est une blessure, un arrachement aux racines, une longue épreuve de l’identité et de l’appartenance. Son article fut aussi un témoignage de fraternité et un acte de mémoire envers celles et ceux dont la souffrance ne devait pas sombrer dans l’oubli.
Aujourd’hui, en évoquant Sankara et Sennen Andriamirado, je mesure combien certaines rencontres façonnent une vie et combien certaines amitiés deviennent indissociables des combats que nous menons. L’un portait l’espérance d’une Afrique affranchie de la domination et de l’injustice ; l’autre savait, par la force des mots, donner une visibilité aux drames que l’histoire officielle reléguait trop souvent dans ses marges.
Car les héros disparaissent, les témoins s’en vont, mais les causes justes survivent à ceux qui les ont portées. Tant que subsisteront l’injustice, l’exclusion et le mépris de la dignité humaine, notre combat gardera tout son sens.
Demain, il fera jour. Et la lutte continue !

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